Le discours de Mohamed VI, "contradictoire" et tend à saper les efforts visant le règlement du conflit

Alger, 07 nov 2018 (SPS) L'ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en Algérie, Abdelkader Taleb Omar a affirmé, mercredi à Alger, que le régime marocain tend à duper l'opinion publique internationale et à "saper" les efforts visant le règlement du conflit au Sahara Occidental, "tel qu'il ressort du discours du Roi Mohamed VI à l'occasion du 43e anniversaire de l'invasion marocaine du territoire sahraoui, qu'il a qualifié d'anniversaire du parachèvement de l'intégrité territoriale du Maroc".

Invité au Forum du quotidien algérien El-Chaab, l'ambassadeur sahraoui a estimé que cet anniversaire marque "l'échec cuisant" du Maroc à venir à bout de la résistance sahraouie dans les territoires occupés, ajoutant que le Front Polisario "s'attendait à ce que le régime marocain se rende à l'évidence et se conforme à la légalité internationale...mais malheureusement, il persiste dans son obstination et son escalade et ne montre aucune volonté de mettre fin à son occupation".

Estimant que le discours du roi marocain "dénote d'une grande supercherie visant l'opinion publique internationale", le diplomate sahraoui relève des contradictions, notamment lorsque "le Roi Mohamed VI souligne l'engagement de Rabat à soutenir les efforts du SG de l'ONU et son émissaire personnel, Horts Kohler et fixe, en contrepartie, des conditions et des références, non reconnues, comme préalable au règlement du conflit, en allusion à ‘l'hypothèse de l'autonomie’. Pour M. Talab Omar, tout processus de règlement doit reposer sur le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.

L'ambassadeur de la RASD a mis en relief également une autre contradiction à travers l'affirmation de l'engagement du roi marocain dans le cadre de l'Union Africaine (UA) alors qu'il refuse le retour du bureau de l'UA à Laâyoune occupée pour coopérer avec la Minurso, ajoutant que c'est là une violation de l'un des principes fondamentaux de l'organisation africaine à savoir le respect des frontières.

"Le roi Mohamed VI a mentionné également le développement dans les territoires sahraouis alors qu'il empêche les observateurs internationaux d'y accéder et tente d'y organiser des activités illégales", a ajouté le diplomate sahraoui, soulignant dans le même contexte, "l'évocation de l'Union du Maghreb arabe (UMA) alors que le Maroc occupe son voisin, le Sahara Occidental".

Affirmant que le régime marocain tend à "saper" les efforts visant le règlement du conflit, l'ambassadeur sahraoui a battu en brèche les arguments avancés par le Souverain marocain.

Dans ce sillage, M. Taleb Omar a soutenu que "les négociations signifient la recherche de solutions conformément aux références reconnues dans le droit international", ajoutant que "le changement de ton n'est qu'une manœuvre pour contourner la question centrale... et c'est là une position qui n'augure rien de bon".

"Le Maroc a condamné d'avance les négociations à l'échec", a estimé le responsable sahraoui, appelant l'ONU et le Conseil de sécurité "à contraindre le Maroc à s'asseoir à la table de négociations", notamment à la lumière de la volonté de suivre la situation, de la prorogation du mandat de la Minurso et de la détermination de la date des négociations.

S’agissant de l’accord d’association UE-Maroc, l’ambassadeur a souhaité voir l’arrêt de la Cours de justice européenne (CJUE)  respecter, "et ce malgré les tentatives de la France et de l'Espagne de faire passer l'accord incluant les territoires occupés sous pression du Maroc qui agite le dossier des migrants".

"Le Parlement européen (PE) a été clair en remettant en cause la légalité de tout accord incluant le Sahara Occidental, sans le consentement du peuple sahraoui", a-t-il rappelé.

En réponse à une question sur les efforts de l’émissaire onusien, Horst Kohler, l’ambassadeur sahraoui a indiqué "que ce dernier "a élargi ses concertations, dans le cadre de la recherche d'une solution au conflit, à l’Union africaine (UA), à l’Union européenne (UE) et à des experts et c'est là une nouveauté". Soulignant le poids de Horst Kohler, en tant qu’ancien président de l’Allemagne, au Conseil de sécurité, Taleb Omar a réitéré le soutien du Polisario à ses efforts et à ses démarches afin de relancer les négociations.

Par ailleurs, l'ambassadeur de la RASD a salué le soutien constant de l’Algérie à la cause sahraouie et sa position ferme, "une position digne de la citadelle des hommes libres et de la Mecque des révolutionnaires", a-t-il déclaré.

Valorisant la position américaine au sein du Conseil de sécurité, il a expliqué que "contrairement à Washington, qui veut donner aux missions de l'ONU une sorte de crédibilité, la France cherche à maintenir le statu quo pour servir les intérêts du Maroc".

"Toute partie qui tente d’entraver le règlement rapide et permanent du conflit ne fait que glorifier la colonisation et encourager la guerre" a-t-il ajouté précisant que la cause sahraouie est une question de "décolonisation", et que le Maroc demeure "une force coloniale, et c’est ce que Rabat s'efforce à dissimuler".

Mettant en avant les victoires de la lutte menée par le Front Polisario, tant armée que pacifique, le diplomate sahraoui a cité  les poursuites en justice engagées contre l’exploitation illégale des richesses du peuple, l’action diplomatique, les manifestations organisées dans les territoires occupés ainsi que la défense des droits de l'Homme.

"La voie viable aujourd’hui est la solution pacifique et le Front est engagé dans les négociations", a conclu M. Talab Omar. (SPS)

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