Le Maroc pointé du doigt après l'assaut de 3700 migrants à l'enclave espagnole de Melilla

MADRID - Les services de renseignement espagnols ont pointé du doigt le Maroc suite à la tentative de 3700 migrants de franchir l'enclave espagnole de Melilla, affirmant que le Royaume a cessé de surveiller les camps de migrants subsahariens près de la frontière de l'enclave espagnole, rapportent des médias locaux.

"Durant ces dernières semaines, les rapports des services de renseignement ont mis en garde contre les agissements du Maroc qui a cessé de contrôler les camps de migrants subsahariens situés de l'autre côté de la frontière, en attendant une opportunité" pour les instrumentaliser, précise le journal "El Espanol".

En 48 heures, la ville de Melilla a connu la plus grande vague migratoire de son histoire. Entre mercredi et jeudi derniers, environ 3700 migrants ont tenté de franchir la haute clôture protégeant l'enclave espagnole, sur la côte nord du Maroc, dont 800 y sont parvenus.

Relevant que le laxisme des autorités marocaines n'est qu'un prolongement de la brouille diplomatique entre Rabat et Madrid, le journal, qui cite des sources au sein des renseignements espagnols, a fait savoir que "les autorités de la monarchie alaouite contrôlent habituellement ces groupes de migrants".

"De temps en temps, pour décongestionner les endroits les plus proches de la frontière, le Maroc les déplace parfois vers le sud. Mais les rapports préparés par le Centre national de renseignement (CNI), la Garde civile et le renseignement militaire soutiennent que le Maroc n'a pas effectué ce travail depuis longtemps", précise le média espagnol.

Le journal a, en outre, levé le voile sur les pratiques criminelles des passeurs marocains qui, avec la bénédiction des autorités du royaume, profitent des tentatives des migrants de rejoindre l'Espagne pour se faire de l'argent.

Citant des sources sur le terrain, expertes dans l'analyse des phénomènes migratoires, "El Espanol" relève que "la police marocaine connaît parfaitement les lieux où se trouvent les camps de migrants, leurs déplacements et les zones où ils s'installent habituellement".

"A partir de là, ceux qui ont des économies paient les bateaux aux mafias (et) ceux qui n'en ont pas essayent éventuellement de sauter la clôture" menant vers Melilla, explique le média espagnol.

Selon les sources du renseignement espagnol consultées par "El Espanol", "au cours des dernières semaines, des centaines de Subsahariens se sont rassemblés dans les environs".

"Cela dépend du Maroc et du contrôle qu'il veut avoir. Parfois, il les éloigne vers le sud, mais il ne l'a pas fait depuis longtemps ", ont-elles expliqué.

Les entrées massives enregistrées dernièrement dans l'enclave espagnole de Melilla interviennent moins d'une année après celle enregistrée les 17 et 18 mai 2021 quand des milliers de candidats à l'émigration, dont de nombreux jeunes, ont afflué illégalement dans l'enclave de Ceuta, avec la complicité des garde-frontières marocains.

En deux jours, jusqu'à 12.000 migrants ont traversé la frontière de l'enclave espagnole, "engloutissant" la ville de 80.000 habitants.

La plupart ont été refoulés mais plus de 1.000 mineurs marocains sont restés. Selon Madrid, parmi les migrants, 1.500 étaient des mineurs, alors que l'ONG Amnesty International avance le chiffre de 2.000.

Les autorités de Ceuta avaient accusé le Maroc d'avoir manipulé les mineurs pour les encourager à franchir la frontière afin d'exercer une pression sur Madrid dans le contexte de la crise diplomatique entre les deux pays en raison de la présence sur le territoire espagnol à ce moment-là du président de la République sahraouie, Brahim Ghali, pour des soins.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, avait qualifié ces évènements de "grave crise pour l'Espagne et aussi pour l'Europe".

Suite à cet incident sans précédent, le Parlement européen a adopté une résolution dans laquelle il a "rejeté l’utilisation par le Maroc des mineurs non accompagnés, comme moyen de pression politique sur un Etat membre de l’Union européenne (UE)".