Les manœuvres marocaines visant à allonger le procès des prisonniers sahraouis de Gdeim Izik dénoncées

Bruxelles, 15 mai 2017 (SPS) L’eurodéputée espagnole Paloma Lopez a dénoncé lundi les manœuvres marocaines visant à allonger le procès des prisonniers politiques sahraouis du groupe dit de Gdeim Izik pour décourager les observateurs internationaux d’assister à ce procès et pouvoir ainsi rendre des sentences indûment sévères et inéquitables.

La députée européenne qui s’est rendu la semaine passée à Salé (Maroc) pour suivre le déroulement du procès a affirmé que ce procès court le risque de durer beaucoup plus de temps que prévu, dénonçant "les manœuvres des autorités marocaines visant à allonger le procès d’une manière abusive pour éviter la présence d’observateurs internationaux qui pourraient dénoncer l’espèce de pantomime qu’est devenu le procès".

Selon Paloma Lopez, "les audiences tenues jusque-là corroborent ce que nous avions déjà dénoncé le mois dernier". Elle soutient que la procédure "est pleine d’irrégularités" et que "le Tribunal fait tout son possible pour que les condamnations  illégales prononcées lors du procès tenu devant un tribunal militaire en février 2013 soient maintenues".

L’eurodéputée craint que les sentences à l’encontre des prisonniers soient déjà prêtes étant donné le manque de preuves réelles les incriminant.

"Ils continuent d’entraver l’entrée des observateurs au procès", a-t-elle déploré, soutenant que  le Tribunal fait tout son possible pour que ceux qui sont d’origine sahraouie et même les familles des accusés ne puissent pas entrer.

A toutes les irrégularités déjà dénoncées  à savoir la falsification de preuves, le non-respect du protocole d’Istanbul et des résolutions du Comité de l’ONU contre la torture, l’extraterritorialité du procès qui devrait se tenir dans le territoire occupé du Sahara occidental conformément aux Conventions de Genève auxquelles le Maroc a adhéré, et  l’absence totale de prise en compte de la présomption d’innocence des prisonniers, s’ajoute le fait que désormais "les tortionnaires sont admis comme témoins, alors qu’ils devraient être sur le banc des accusés", s’est insurgée Paloma Lopez.

La députée européenne estime que ces personnes devraient être présentes au procès en qualité d’accusés pour "les tortures qu’elles ont fait subir aux prisonniers sahraouis", regrettant que "le tribunal n’en tient aucun compte".

Paloma Lopez a lancé un appel à la solidarité internationale avec le peuple sahraoui pour que des observateurs internationaux  soient présents au procès à chaque fois qu’il est renvoyé.

"L’important est qu’il y ait beaucoup d’observateurs internationaux disposés à assister au procès pour pouvoir dénoncer publiquement ce qui ce passe", a-t-elle plaidé.

La députée européenne a dénoncé, en outre, le "traitement inégal" réservé aux personnes appelées à témoigner à la barre.

"D’un côté, on voit le traitement préférentiel que le juge accorde aux témoins de l’accusation, tandis que, de l’autre côté, il soumet les témoins de la défense à un interrogatoire quasi policier, faisant pression sur eux avec une violence et des interventions extrêmes", a-t-elle fait savoir.

Paloma Lopez a relevé, par ailleurs, la "connivence absolue" entre le juge, le procureur et la partie civile, représentant les familles des prétendues victimes marocaines mortes lors du démantèlement du camp de Gdeim Izik, qui pourtant, a-t-elle souligné "continue d’être présente et d’intervenir alors qu’elle n’a pas été autorisée comme partie civile au procès".

En février 2013, 24 militants et défenseurs de droits de l’homme sahraouis ont été condamnés par un tribunal militaire marocain à de lourdes peines en raison de leur participation au camp de protestation sahraoui de Gdeim Izik en 2010. Les condamnations ont été prononcées sur la base d’aveux obtenus sous la torture, à l’issue d’un procès inique marqué notamment par le refus d’entendre des témoins cités par la défense, ont dénoncé des ONG de défense des droits de l’homme telles qu’Amnesty international, HRW et l’ACAT.

Le 27 juillet 2016, la Cour de cassation marocaine avait annulé, sous la pression d'organisations internationales de défense de droits de l'homme et de juristes militants, la condamnation injuste prononcée par un tribunal militaire à l'encontre de ces militants sahraouis. Le procès a repris le 26 décembre 2016. Depuis, le procès a été reporté à quatre reprises. (SPS)

020/090/700