SAHARA PRESS SERVICE

31.01.04





MAROC-HEBDO-INTERNATIONAL


 Ali Salem Ould Tamek persiste et signe

                                                       
L'ex-détenu sahraoui gracié le 7 janvier ne se démarque pas des thèses du Polisario. Il réclame le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination des sahraouis.  Entretien.

M.H.I : Etes-vous un membre du Polisario?

Ali Salem Tamek: J'étais effectivement condamné et emprisonné après avoir été accusé d'atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat et d'appartenance aux structures du Front Polisario. Les procès  verbaux de la Brigade nationale de la police judiciaire me rangeaient même dans la section de Hamdi Bouzid, relavant
de ce qu'on appelle l'aile interne du Polisario.

MHI : Mais qu'en dites vous?

A.S.T : Moi, j'affirme, comme je l'ai déjà dit lors de mon procès à Agadir, que je n'appartiens à aucune structure du Polisario, malgré ma position politique divergente avec la position officielle du régime marocain sur la question du Sahara occidental.

MHI : Votre revendication de l'autodétermination au Sahara occidental ne signifie-t-elle pas une préférence de l'option de l'indépendance de cette région?

A.S.T : Je revendique seulement l'autodétermination comme un droit inaliénable garanti par les chartes internationales adoptées par le Maroc. Le principe de l'autodétermination doit être, à mes yeux accepté comme un droit car il donne au peuple sahraoui la liberté d'exprimer sa vraie volonté.

MHI : Même si cette volonté porte sur l'option d'indépendance?

A.S.T : Pour moi, l'indépendance n'est pas une perspective alarmante; elle ne signifiera pas si elle a lieu, un voyage vers l'inconnu. L'indépendance est un scénario possible, mais elle reste en fin de compte un choix et une conviction digne de respect car elle entre dans le cadre de la liberté de choix. Elle est même l'une des options soumises actuellement au peuple sahraoui.

MHI : Comment définissez-vous ''le peuple sahraoui''?
A.S.T : Je ne veux pas entrer dans le débat conceptuel et juridique sur la notion de ''peuple''. Mais le peuple sahraoui existe. Une partie de ce peuple vit à l'intérieur, et précisément dans les territoires contestés et les zones du Sud du Maroc, l'autre partie se trouve dans les camps de réfugiés sahraouis, en Algérie.

MHI : Et puis?

A.S.T : Le peuple sahraoui a son histoire, sa langue, ses traditions, ses coutumes et son style de vie, qui le distinguent des peuples voisins. Ce qui constitue des fondements pertinents et objectifs de son particularisme. D'ailleurs, la notion du peuple a été employée dernièrement dans le nouveau plan de James Baker. L'emploi de ce terme n'est pas arbitraire, ni abusif. Il est fondé sur des réalités scientifiques. Ce peuple est reconnu et l'autorité qui le représente est reconnue, à savoir le Front Polisario selon les Nations Unies.

MHI : Quelles sont, d'après-vous les limites de la zone géographique sur laquelle l'autodétermination des sahraouis devrait être appliquée? Englobe-t-elle, par exemple, Tantan et Assa Zag, votre région natale dont l'appartenance au Maroc n'est contestée par personne et le nord de la Mauritanie?

A.S.T : Je revendique l'autodétermination pour la zone désignée par l'ONU sous l'application ''Sahara occidental'' dont les frontières sont Tah au nord et Oued Eddhahab au Sud. Ce sont les frontières héritées du colonialisme. Vous savez que l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), dans sa première session à Addis-Abéba, a appelé au respect de ces frontières pour éviter les conflits territoriaux entre les pays indépendants du continent et pour se consacrer au développement économique dans cette partie du monde. Ceci dit, l'essentiel est que je crois en l'existence d'un peuple sahraoui et en son droit à l'autodétermination, peu importent mon appartenance, ma référence et ma nationalité. Ce qui importe, c'est la conviction.

MHI : Etes-vous marocain?

A.S.T : Je suis un membre du peuple sahraoui.

MHI : Le peuple sahraoui est-il marocain?

A.S.T : Comme je l'ai dit tout à l'heure, le peuple sahraoui a ses particularités qui le distinguent de tous les peuples de la région. S'il a une proximité sociale et culturelle avec un peuple de la région, elle est, plutôt, avec le peuple mauritanien.

MHI : Vous avez déjà milité dans des cadres nationaux marocains telles que la Gauche socialiste Unifiée (GSU) et la Confédération démocratique du travail (CDT). Avez-vous l'intention de rompre avec ces cadres pour créer une structures régionaliste, voire indépendance?

A.S.T : Je n'ai jamais appartenu à la GSU. J'ai voulu simplement participé aux législatives marocaines sur ses couleurs. Ma sympathie avec ces partis s'explique par son mode de fonctionnement et l'existence en son sein de beaucoup d'anciens détenus politiques. Par contre, je suis un membre de la commission administrative de la CDT et le président de sa section locale à Assa, Zag. Je n'ai pas encore tranché sur la question de la poursuite de mon adhésion à la CDT. Ce qui est sûr c'est que je continuerai à militer
au sein du Forum Vérité et Justice comme un membre du conseil national de cette instance. Quant à la question du cadre indépendantiste elle est surréaliste. L'Etat qui ne tolère pas qu'on parle de l'autodétermination n'autorisera pas un tel cadre.

MHI : La démocratisation de l'Etat marocain peut-elle, à vos yeux, encourager les sahraouis indépendantistes à renoncer à la thèse séparatiste?

A.S.T : pour moi, le problème au S.O n'a rien à voir avec la démocratie au Maroc ou la situation politique en général de ce pays. La question concerne un conflit militaire et politique enclenché, le 31 octobre 1975, entre le Maroc et le Polisario sur un territoire dont le sort n'a pas encore été réglé. La seule issue à ce conflit, c'est l'accélération de l'organisation du référendum. Car le mouvement revendicatif au Sahara ne met pas en cause la nature du régime marocain, mais réclame l'autodétermination au Sahara. Le terme ''séparatiste'' que vous avez employé n'est pas approprié.

MHI : Pourquoi?

A.S.T : Parce que tous les rapports de l'ONU emploient les termes ''indépendance'' et nous devons respecter l'appareil conceptuel de l'ONU, car elle représente la légalité internationale.

MHI : Que reproche, selon vous les sahraouis à l'Etat marocain?

A.S.T : La chose dont les sahraouis se plaignent de plus, c'est d'être empêché d'exercer leur droit à l'autodétermination pour mettre fin à la tragédie de leur peuple et son cortège de séparation, de guerre et d'exil. Il est grand temps pour le régime marocain d'accepter de mettre fin à cette tragédie. Et ce en permettant aux sahraouis l'exercice de leur droit à l'autodétermination et en respectant le résultat -quel qu'il soit- d'une telle option.

Propos recueillis: par Abdallah Ben Ali


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