SAHARA
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L'ex-détenu sahraoui gracié
le 7 janvier ne se démarque pas des thèses du Polisario. Il
réclame le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination
des sahraouis. Entretien.
M.H.I : Etes-vous un membre du Polisario?
Ali Salem Tamek:
J'étais effectivement condamné et emprisonné après
avoir été accusé d'atteinte à la sécurité
intérieure de l'Etat et d'appartenance aux structures du Front Polisario.
Les procès verbaux de la Brigade nationale de la police judiciaire
me rangeaient même dans la section de Hamdi Bouzid, relavant
de ce qu'on appelle l'aile interne du Polisario.
MHI : Mais qu'en dites vous?
A.S.T : Moi, j'affirme,
comme je l'ai déjà dit lors de mon procès à Agadir,
que je n'appartiens à aucune structure du Polisario, malgré
ma position politique divergente avec la position officielle du régime
marocain sur la question du Sahara occidental.
MHI : Votre revendication de l'autodétermination au Sahara
occidental ne signifie-t-elle pas une préférence de l'option
de l'indépendance de cette région?
A.S.T : Je revendique
seulement l'autodétermination comme un droit inaliénable garanti
par les chartes internationales adoptées par le Maroc. Le principe
de l'autodétermination doit être, à mes yeux accepté
comme un droit car il donne au peuple sahraoui la liberté d'exprimer
sa vraie volonté.
MHI : Même si cette volonté porte sur l'option d'indépendance?
A.S.T : Pour moi,
l'indépendance n'est pas une perspective alarmante; elle ne signifiera
pas si elle a lieu, un voyage vers l'inconnu. L'indépendance est un
scénario possible, mais elle reste en fin de compte un choix et une
conviction digne de respect car elle entre dans le cadre de la liberté
de choix. Elle est même l'une des options soumises actuellement au
peuple sahraoui.
MHI : Comment définissez-vous ''le peuple sahraoui''?
A.S.T : Je ne veux pas entrer dans le débat conceptuel et juridique
sur la notion de ''peuple''. Mais le peuple sahraoui existe. Une partie de
ce peuple vit à l'intérieur, et précisément dans
les territoires contestés et les zones du Sud du Maroc, l'autre partie
se trouve dans les camps de réfugiés sahraouis, en Algérie.
MHI : Et puis?
A.S.T : Le peuple
sahraoui a son histoire, sa langue, ses traditions, ses coutumes et son style
de vie, qui le distinguent des peuples voisins. Ce qui constitue des fondements
pertinents et objectifs de son particularisme. D'ailleurs, la notion du peuple
a été employée dernièrement dans le nouveau plan
de James Baker. L'emploi de ce terme n'est pas arbitraire, ni abusif. Il
est fondé sur des réalités scientifiques. Ce peuple
est reconnu et l'autorité qui le représente est reconnue, à
savoir le Front Polisario selon les Nations Unies.
MHI : Quelles sont, d'après-vous les limites de la zone géographique
sur laquelle l'autodétermination des sahraouis devrait être
appliquée? Englobe-t-elle, par exemple, Tantan et Assa Zag, votre
région natale dont l'appartenance au Maroc n'est contestée
par personne et le nord de la Mauritanie?
A.S.T : Je revendique
l'autodétermination pour la zone désignée par l'ONU
sous l'application ''Sahara occidental'' dont les frontières sont
Tah au nord et Oued Eddhahab au Sud. Ce sont les frontières héritées
du colonialisme. Vous savez que l'Organisation de l'Unité Africaine
(OUA), dans sa première session à Addis-Abéba, a appelé
au respect de ces frontières pour éviter les conflits territoriaux
entre les pays indépendants du continent et pour se consacrer au développement
économique dans cette partie du monde. Ceci dit, l'essentiel est que
je crois en l'existence d'un peuple sahraoui et en son droit à l'autodétermination,
peu importent mon appartenance, ma référence et ma nationalité.
Ce qui importe, c'est la conviction.
MHI : Etes-vous marocain?
A.S.T : Je suis
un membre du peuple sahraoui.
MHI : Le peuple sahraoui est-il marocain?
A.S.T : Comme
je l'ai dit tout à l'heure, le peuple sahraoui a ses particularités
qui le distinguent de tous les peuples de la région. S'il a une proximité
sociale et culturelle avec un peuple de la région, elle est, plutôt,
avec le peuple mauritanien.
MHI : Vous avez déjà milité dans des cadres nationaux
marocains telles que la Gauche socialiste Unifiée (GSU) et la Confédération
démocratique du travail (CDT). Avez-vous l'intention de rompre avec
ces cadres pour créer une structures régionaliste, voire indépendance?
A.S.T : Je n'ai
jamais appartenu à la GSU. J'ai voulu simplement participé
aux législatives marocaines sur ses couleurs. Ma sympathie avec ces
partis s'explique par son mode de fonctionnement et l'existence en son sein
de beaucoup d'anciens détenus politiques. Par contre, je suis un membre
de la commission administrative de la CDT et le président de sa section
locale à Assa, Zag. Je n'ai pas encore tranché sur la question
de la poursuite de mon adhésion à la CDT. Ce qui est sûr
c'est que je continuerai à militer
au sein du Forum Vérité et Justice comme un membre du conseil
national de cette instance. Quant à la question du cadre indépendantiste
elle est surréaliste. L'Etat qui ne tolère pas qu'on parle
de l'autodétermination n'autorisera pas un tel cadre.
MHI : La démocratisation de l'Etat marocain peut-elle, à
vos yeux, encourager les sahraouis indépendantistes à renoncer
à la thèse séparatiste?
A.S.T : pour moi,
le problème au S.O n'a rien à voir avec la démocratie
au Maroc ou la situation politique en général de ce pays. La
question concerne un conflit militaire et politique enclenché, le
31 octobre 1975, entre le Maroc et le Polisario sur un territoire dont le
sort n'a pas encore été réglé. La seule issue
à ce conflit, c'est l'accélération de l'organisation
du référendum. Car le mouvement revendicatif au Sahara ne met
pas en cause la nature du régime marocain, mais réclame l'autodétermination
au Sahara. Le terme ''séparatiste'' que vous avez employé n'est
pas approprié.
MHI : Pourquoi?
A.S.T : Parce
que tous les rapports de l'ONU emploient les termes ''indépendance''
et nous devons respecter l'appareil conceptuel de l'ONU, car elle représente
la légalité internationale.
MHI : Que reproche, selon vous les sahraouis à l'Etat marocain?
A.S.T : La chose
dont les sahraouis se plaignent de plus, c'est d'être empêché
d'exercer leur droit à l'autodétermination pour mettre fin
à la tragédie de leur peuple et son cortège de séparation,
de guerre et d'exil. Il est grand temps pour le régime marocain d'accepter
de mettre fin à cette tragédie. Et ce en permettant aux sahraouis
l'exercice de leur droit à l'autodétermination et en respectant
le résultat -quel qu'il soit- d'une telle option.
Propos recueillis: par Abdallah Ben Ali
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