SPS
RASD/SENEGAL
Le president Mohamed Abdelaziz interpelle le Sénégal
pour ne pas rééditer sa complicité dans une
conspiration contre le peuple sahraoui
Bir Lehlou (territoires Libérés), 17/06/01 (SPS) - Le président Mohamed Abdelaziz a interpelé dimanche le Sénégal pour s'abstenir de rééditer sa "complicité" dans une conspiration contre le peuple sahraoui et en appelle au passé d'opposant du président Abdoulay Wade, pour militer en faveur de la légalité et de la justice et pour l'avénement d'une paix juste et durable au Sahara Occidental basée sur le respect du droit.
"Nous avons de la peine à croire qu'une telle attitude de complicité de la part du Sénégal puisse être rééditée aujourd'hui parce que tel est le vouloir du Maroc", a déploré la lettre, ajoutant que cela "porte atteinte à la crédibilité de votre pays et ternit son image", car, outre que le Maroc "ne pourrait parvenir en aucun cas à ses fins", cela l'inciterait dans "le tort à prolonger l'épreuve des peuples sahraoui et marocain et entretenir l'incertitude dans la toute la région".
Relevant que "des tentatives avouées ou en sous-main" auraient été engagées à l'initiative du gouvernement sénégalais visant à "porter préjudice" aux droits nationaux du peuple sahraoui, le président s'est interrogé sur les buts d'une "telle agitation" qui ne peut être digne d'un "dirgeant africain ayant combattu pour la liberté et contre l'injustice". "Nous continuons à croire que vous êtes à même d'être respectueux des souffrances du peuple sahraoui et attentif à ses revendications légitimes", a-t-il souhaité.
Pour le chef de l'état, les relations excellentes du Sénégal avec le Maroc doivent plutôt être exploitées pour lui "conseiller notamment d'emprunter la voie de la sagese et de la raison", pour que cesse "cette guerre injuste et déshonorante contre le peuple sahraoui". Le souci affiché par M. Wade pour que le Maroc réintègre la famille africaine pour qu'il soit honorable, "doit se faire par la grande porte" en se conformant "aux principes de la charte de l'OUA, au respect de la légalité internationale, et à l'application du plan de paix".
"Le peuple sahraoui est victime dans sa chair et dans sa dignité d'une agression caractérisée au mépris du droit et de la légalité internationale" et l'Afrique, en consacrant la RASD comme membre à part entière de l'OUA, a trouvé "la riposte naturelle et apppropriée aux desseins expansionnistes d'un régime qui a toujours trouvé dans les guerres aux voisins, le moyens de forger une prétendue unité nationale de façade, et de confisquer ainsi les aspirations du peuple marocain et taire ses revendications", a-t-il ajouté.
En outre, a relevé le président, "la situation est grave du fait que le conflit n'a pas encore trouvé sa solution juste et définitive" et que le Maroc "multiplie les manoeuvres politico-diplomatiques tendant à l'aggraver, bénéficiant en cela du soutien actif de votre pays". Cette situation lui impose "le droit de franchise à l'encontre d'un dirigeant africain", pour lequel il a éprouvé de l'estime, et dans lequel il a placé de "grands espoirs", pour oeuvrer à mettre un terme à "la situation coloniale" créée par le Maroc au Sahara Occidental.
Voici à présent le texte intégral de la lettre adressée par le président Mohamed Abdelaziz au président sénégalais, Abdoulay Wade, dans laquelle il l'a interpelé pour s'abstenir de comploter avec le Maroc contre les droits légitimes du peuple sahraoui à la liberté et à l'indépendance, au moment où toute la communauté internationale s'attelle à mettre en oeuvre un plan de paix onusien respectueux de la légalité internationale.
« A son excellence Abdoulay Wade,
Président de la République du Sénégal.
Dakar
« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
« Si deux groupes de croyants entrent en lutte armée, employez-vous à les reconcilier. En cas d'agression injustifiée de l'un des deux groupes sur l'autre, tournez alors votre arme envers l'agresseur jusqu'à ce qu'il revienne à la loi de Dieu. Une fois qu'il s'y soumet, vous rétablirez la concorde entre eux en toute justice. Vous veillez à être impartiaux. Dieu aime ceux qui sont impartiaux ».
Sourate les appartements
Versets 9, Chapitre XLIX
« Au nom du peuple sahraoui et de la République Arabe Sahraouie Démocratique, Je voudrais vous transmettre nos salutations et exprimer au peuple sénégalais frère nos voeux de progrès et de bien-être.
Conscient de nos responsabilités devant l'histoire et ayant une haute vue des interêts de nos peuples et de l'Afrique, je m'impose le droit de franchise à l'encontre d'un dirigeant africain comme Votre Excellence, pour lequel j'ai toujours éprouvé de l'estime, tant il est vrai que nous avons placé en vous de grands espoirs et ce, quelles ques soient les vicissitudes du moment.
Si je m'adresse à Votre Excellence, c'est que la situation est grave du fait que le conflit du Sahara Occidental qui oppose mon pays, la RASD, au royaume du Maroc, n'a pas encore trouvé sa solution juste et définitive et que le Maroc multiplie les manoeuvres politico-diplomatiques tendant à l'aggraver, bénéficiant en cela du soutient actif de votre pays.
L'ONU présente sur le terrain depuis 1991, s'attelle, en coopération avec l'OUA, à la mise en oeuvre d'un référendum libre, démocratique et régulier, tel que consigné dans le plan de réglement conjoint ONU-OUA, accepté par les deux parties au conflit, le Front Polisario et le Maroc et bénéficiant du consensus international le plus large. Un tel référendum aurait pu aboutir n'eut été l'attitude délibèrement obstructionniste du Maroc.
Le peuple sahraoui est victime dans sa chair et dans sa dignité d'une agression caractérisée au mépris du droit et de la légalité internationale. Le Maroc a occupé illégalement le territoire du Sahara Occidental et ce, au moment même où son peuple s'apprêtait, au terme d'un combat opiniâtre et éprouvant, à s'engager dans l'entreprise exaltante de l'édification de son Etat indépendant.
Il est prouvé, par ailleurs, que l'invasion du Sahara Occidental ne repose sur aucun fondement juridique. La Cour Internationale de Justice, dans son jugement du 16 octobre 1975 a, de manière explicite, rejeté les prétentions de souveraineté du Maroc, comme de la Mauritanie, sur le territoire et confirmé la validité du droit de l'autodétermination, dont seul le peule sahraoui est dépositaire.
Depuis, les événements se sont succédés et la République Arabe Sahraouie Démocratique est devenue membre à part entière de l'OUA. Ce fut la riposte naturelle et apppropriée de l'Afrique aux desseins expansionnistes d'un régime qui a toujours trouvé dans les guerres aux voisins, le moyens de forger une prétendue unité nationale de façade, et de confisquer ainsi les aspirations du peuple marocain et taire ses revendications.
Aujourd'hui le Maroc - comme à l'accoutumé - prétend servir un petit peuple et le déposséder. C'est là un acte inique qui confirme une politique menaçant la paix, la sécurité et la stabilité dans toute la région nord-ouest africaine.
En votre qualité de dirgeant africain ayant combattu pour la liberté et contre l'injustice, nous continuons à croire que vous êtes à même d'être respectueux des souffrances du peuple sahraoui et attentif à ses revendications légitimes.
Vos relations excellentes avec le Maroc vous situent dans une position privilégiée pour lui conseiller notamment d'emprunter la voie de la sagese et de la raison, pour que cesse cette guerre injuste et déshonorente contre le peuple sahraoui.
Nous comprenons, par ailleurs votre souci pour que le Maroc réintègre la famille africaine. C'est là une préocupation compréhensible, mais un tel retour pour qu'il soit honorable, doit se faire par la grande porte : se conformer aux principes de la charte de l'OUA, au respect de la légalité internationale, respecter et appliquer le plan de paix, accepter l'organisation d'un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui libre et démocratique et s'en tenir au respect du principe des frontières héritées de l'époque coloniale. En conséquence, mettre un terme à la situation coloniale qu'il a créé au Sahara Occidental.
Nous espérons sincérement que notre modeste message puisse trouver auprès de Votre Excellence l'écho et l'attention requises.
Hautes considérations.
Bir Lehlou, le 09 juin 2001
Mohamed Abdelaziz. Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique ».(SPS)
010/GNV/100 171202 JUN 01 SPS