SPS TERRITOIRES
OCCUPES/MAROC/MEDIAS Tamek déclare que Le
Polisario reste la seule alternative choisit par le peuple sahraoui
16.03.05
ِِِRabat, 16/04/2005 (SPS) L'activiste
des droits de l'homme et ex-prisonnier politique sahraoui, Ali Salem
Tamek, a assuré récemment dans un interview publié
par le magazine marocain, Tel-Quel, que le Polisario demeure la seule
alternative choisit par le peuple sahraoui, soulignant que la
République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) est une
réalité sur terre.
"L'état sahraoui existe. Nous avons aujourd'hui un gouvernement
national, un peuple et un état membre de l'OUA, que
reconnaissent 70 états souverains", a-t-il martelé en
réponse à une question du journaliste Driss Bennani, qui
essayait d'intimider l'activiste à plusieurs reprises "pour le
pousser dans ses retranchements", disait-t-il dans son introduction.
Pour Tamek le référendum "est le meilleur moyen
démocratique qui permettra au peuple sahraoui de s'exprimer"
librement sur son destin, et résoudre ainsi le dernier dossier
de décolonisation en Afrique.
Voici le texte intégral de l'interview, publié vendredi
sur la page du magazine marocain.
"Interview, Ali Salem Tamek.
L'indépendance, mais quoi encore ?
T.Q- Vous êtes l'un des rares militants sahraouis qui
déclarent ouvertement leur appartenance au Polisario.
Paradoxalement, vous appartenez à une tribu presque
berbère, qui se trouve en dehors de la zone contestée au
Sahara ...
Ali Salem Tamek- Et alors ? J'exprime une opinion politique
personnelle. Je continue à croire que le
référendum est le meilleur moyen démocratique qui
permettra au peuple sahraoui de s'exprimer. Je fais partie de ce peuple
et je n'ai pas besoin de le prouver historiquement,
démographiquement ou culturellement.
T.Q- Pourtant, lors des opérations d'identification, un cheikh
du Polisario a refusé de vous inscrire sur les listes des
votants, contestant votre appartenance sahraouie !
A.T- C'est vrai, mais ce n'est pas aussi simple. Le cheikh du Polisario
a émis une réserve me concernant et mon inscription a
été refusée comme des milliers d'autres
inscriptions dans les camps ou au Sahara occidental. Ce sont des
détails auxquels je n'accorde pas d'importance. D'un point de
vue nationaliste, les considérations tribales sont un crime. Je
ne crois pas en la tribu comme organisation sociale. C'est une forme
obsolète et dépassée. Nous croyons en un
état sahraoui, moderne et respectueux de ses citoyens.
T.Q- Le droit international, auquel vous vous référez,
identifie l'état comme un territoire, un peuple et une
volonté de vie commune. Le Polisario fait vivre des
"réfugiés" sur un sol algérien avec des aides
internationales. De quel état parlez-vous dès lors ?
A.T- Le Polisario est un mouvement de libération qui s'est
distingué au niveau international. Il a, en même temps et
dans un contexte difficile, mené une guerre de libération
et s'est attelé à la construction de l'état. Et je
pense qu'il a franchi des étapes importantes dans cette
construction. Pour preuve, cette intervention du diplomate
américain James Baker sur une chaîne de
télévision américaine, où il a salué
"l'expérience aboutie du Polisario" et où il est
notamment revenu sur la participation de la femme dans la gestion de la
chose publique, les acquis en matière d'éducation et de
santé publique. L'état sahraoui existe. Nous avons
aujourd'hui un gouvernement national, un peuple et un état
membre de l'OUA, que reconnaissent 70 états souverains.
T.Q- Le Polisario "gère" aujourd'hui les affaires de quelques
100.000 réfugiés installés sur quelques dizaines
de kilomètres carrés, quadrillés par
l'armée algérienne. Saura-t-il, demain, gouverner, seul
et sans aide internationale, 500.000 personnes sur 266.000 Km2 avec
toutes leurs complexités démographiques et tribales ?
A.T- N'oubliez pas que nous vivons aujourd'hui une situation
d'instabilité politique. Si un état venait à
être constitué, au cas où les Sahraouis
obtiendraient leur indépendance, une pluralité politique
et associative fera alors émerger une élite capable de
prendre la destinée de ce peuple. N'oubliez pas que ce mouvement
a pu gouverner un peuple de réfugiés en partant du
néant. Aujourd'hui, il garantit à ses enfants un minimum
de stabilité. Savez-vous que le taux d'analphabétisme
dans les camps avoisine 0% ? Nous avons des cadres qualifiés,
formés partout dans le monde, pour la gestion des affaires
publiques. S'agissant des aides maintenant, je trouve cela normal que
la communauté internationale soutienne des
réfugiés. En ce qui concerne le "quadrillage par
l'armée algérienne", c'est de la simple propagande. Vous
n'avez qu'à consulter les dizaines de groupes du HCR et les
journalistes qui visitent les camps chaque année.
T.Q- Vous ne pensez pas que si l'option référendaire
incluait le rattachement à l'Espagne, beaucoup de jeunes
Sahraouis ne se poseraient même pas la question ?
A.T- C'est la première fois que j'entends une chose pareille. Le
Polisario est la seule alternative qui existe. Maintenant, il y a les
volontés personnelles de certaines personnes, mais ça ne
peut en aucun cas être l'avis de la majorité. Les jeunes
Sahraouis ne se sont pas lassés du combat, rassurez-vous !
T.Q- Pourquoi avez-vous accepté d'occuper un poste
étatique dans une commune relevant d'un état dont vous
contestez la légitimité sur le territoire ?
A.T- C'est normal. N'importe quel état à la
légitimité contestée essaie de garantir un minimum
de droits à ses citoyens, pour faire diversion.
T.Q- Vous n'aviez qu'à refuser la "diversion" ...
A.T- J'ai accepté ce poste sans renoncer à mes principes.
Et puis sachez que ça a changé. Je n'ai pas
déposé de dossier auprès de l'IER, je n'ai pas
demandé le retour à ma fonction ni à
bénéficier de la carte d'entraide nationale.
T.Q- Il ne manquerait plus que ça en effet ... mais dites-moi
avant. Vous revendiquez librement aujourd'hui, au beau milieu de
Laâyoune, votre appartenance au Polisario. Vos cousins
pourront-ils un jour afficher leur pro-marocanité à
Tindouf ?
A.T- Je ne crois pas qu'il existe une liberté d'expression au
Maroc. Sinon, comment expliquer la répression de mouvements
d'étudiants à Rabat ou les freins mis à la
liberté d'association au Sahara. Il n'y a pas de courants au
sein du Polisario, pour avoir des pro-Marocains. Il peut y avoir des
différences de point de vue, mais il y a unanimité sur
l'objectif.
T.Q- Parce que la répression militaire ne tolère pas de
différences d'opinion ?
A.T- Parce que les camps sont des espaces de vie ouverts et que les
Sahraouis qui y vivent se déplacent librement vers
l'Algérie, la Mauritanie ou l'Espagne. Je vous invite d'ailleurs
à vous rendre aux camps pour vous assurer vous-même de
tout cela comme avait fait le journaliste Ali Lmrabet. 700 personnes
sont venues des camps rendre visite à leurs familles au Maroc
dans le cadre du programme d'échange de visites. Aucun n'y est
resté, tous sont revenus.
T.Q- Tous les Marocains sont revenus au Maroc également ...
A.T- Je suis d'accord. Mais je dirais plutôt que les Sahraouis
sont revenus au Sahara occidental. Ceux-là sont revenus parce
que leurs conditions de vie ici les incitent à revenir, mais
pourquoi est ce que les autres seraient revenus vers ce que les
autorités marocaines appellent "l'enfer" ?
T.Q- Vous n'avez pas l'impression de trop idéaliser le Polisario
? Que faites-vous du détournement de l'aide internationale, du
trafic en tout genre ?
A.T- Le Polisario est un mouvement de libération
géré par des êtres humains. Il est donc normal
d'enregistrer des failles ou des problèmes de fonctionnement.
Mais alors, il faut demander des explications aux responsables qui
sauront mieux y répondre.
T.Q- Qu'auriez-vous à dire au roi Mohammed VI, si vous le
rencontriez un jour ?
(Long silence et beaucoup d'hésitation) Je lui demanderais de
fournir les garanties nécessaires qui permettront au peuple
sahraoui de décider de son sort et de construire un Maghreb
arabe solide et démocratique.
(Lire le texe sur le net :
http://www.telquel-online.com/171/sujet2.shtml). " (SPS)