SPS MAROC/RASD/MEIDAS "J'ai circulé en toute
liberté et j'ai été accueilli chaleureusement"
dans les camps des réfugiés sahraouis, déclare
Lemrabet
15.01.05
Rabat, 15/01/05 (SPS) Le
journaliste indépendant marocain, Ali Lemrabet, a
souligné qu'il a "circulé en toute liberté" dans
les camps des réfugiés sahraouis, et qu'il a
été "accueilli chaleureusement", par les Sahraouis lors
de sa visite à La RASD, accusant le régime de son pays de
propager de la propagande sur le compte du Front Polisario.
Réalisée par le journaliste Mustapha Antra et
publiée par l'hebdomadaire marocain "Al Mustakil" paru vendredi
dernier, l'interview accordée par le journaliste marocain a
été aussi une occasion pour Ali Lemrabet de clarifier sa
position sur des sujets d'actualité et des figures politiques
marocains. Voici le texte intégral de cette interview traduite
de l'arabe par SPS.
" Mustapha Antra : Dans le cadre de votre
travail pour le journal espagnol "El Mundo", vous avez effectué
dernièrement une visite dans la région de Tindouf,
où vous avez rencontré Abdelaziz, le leader du Front
Polisario, et vous avez aussi tenu une conférence de presse
à Alger. Nous aimerions savoir les conclusions que vous avez
tirées de cette visite.
Ali Lemrabet : Je tiens tout
d'abord à attirer votre attention sur le fait que je suis un
journaliste et le journaliste, comme vous savez, n'a pas de
frontières géographiques. Comme tous mes collègues
de métier je traque l'événement où il est.
D'ailleurs j'ai déjà interviewé Natanyaho,
l'ex-président d'Israël. Donc, ma position est une chose et
l'événement que je traite en est une autre. Quand
à l'idée d'interviewer Mohamed Abdelaziz, ça a
été mon initiative est non celle des responsables du
journal espagnol "El Mundo" pour laquelle je travaille. J'ai
suggéré cette idée au journal et la réponse
était positive en raison de la liberté dont je jouis
là-bas. D'ailleurs tout ce que je propose aux responsables de
cette institution est accepté grâce à la confiance
qui nous unit et au professionnalisme du journal. D'autre part, je n'ai
pas publié tout ce que Mohamed Abdelaziz m'a
révélé. Nous avons eu une très longue
conversation dans laquelle il m'a divulgué d'importantes
vérités documentées. Parmi les choses qu'il m'a
confirmée et que le processus de négociations avec le
Maroc a atteint une étape très avancée pendant le
règne de Hassan II. Plus encore, il fit l'éloge de Hassan
II et a exprimé sa haute considération au défunt
au point de me surprendre. Alors je l'ai interrompu disant que peut
être les choses ont changé à l'intérieur du
Maroc après l'accession au pouvoir d'un roi qu'ils disent
être démocrate. Il m'a coupé court
réaffirmant de nouveau que, bien que ce soit un dictateur,
Hassan II était un homme d'Etat de très haut
niveau. Il exerçait le pouvoir au Maroc et possédait une
vision claire des choses. Il savait ce qu'il voulait tout simplement.
Dans le même contexte, je lui ai demandé les raisons qui
ont poussé à la reconnaissance par l'Afrique du Sud de la
République du Polisario sachant que le peuple marocain a
été solidaire avec Nelson Mandela. Sa réponse a
été que le peuple marocain a effectivement soutenu Nelson
Mandela, mais le régime marocain –selon Tabo MBeiki- a soutenu
le régime de l'apartheid. Il m'a exposé à cet
égard plusieurs preuves qui affirment les relations entre les
deux régimes tels que la fourniture d'armes par l’Afrique du Sud
au Maroc, en plus des rencontres entre les responsables marocains avec
leurs homologues sud-africains durant la période de l'apartheid.
Ces réalités sont consignées dans des rapports qui
seront diffusés en temps propice. Et ça m'a fait rire,
surtout que cela me rappelle des parties qui m'accusaient auparavant
d'avoir eu des entretiens avec des responsables du Polisario sans
preuves alors que les rencontres des responsables marocains avec ceux
du régime de l'apartheid sont documentées et
consignées.
M-Antra : Quel est l'opinion de
Abdelaziz du Maroc après l'avènement de Mohamed VI ?
A-L : Ce que Mohamed Abdelaziz
affirme est l'absence d'interlocuteur politique responsable. Plus
encore, il ne sait pas au juste ce que veut le régime Mohamed
VI. Selon lui les choses étaient plus claires pendant le
règne de Hassan II malgré la difficulté du
dossier. Au moins l'horizon était bien clair et tout le monde se
dirigeait vers le referendum. Le nouveau roi, quand à lui, a
fait bloquer ce processus par son rejet du referendum, et d'ailleurs
toutes les interviews accordées par Mohamed Abdelaziz soulignent
ce fait.
M-Antra : Et qu'elle est l'image
que vous avez eu de Tindouf après avoir vu de près les
réalités sur le terrain comparée à l'image
que vous aviez auparavant ?
A-L : Je suis allé
à Tindouf et j'ai rencontré les membres du Gouvernements
du Polisario. Ils m'ont permis la libre circulation puisqu'ils m'ont
donné le choix entre avoir un responsable comme compagnon ou
bien circuler seul. J'ai circulé en toute liberté et j'ai
été accueilli chaleureusement, personne ne m'a
harcelé ou dérangé, plus encore, toutes les portes
m'ont été ouvertes. Et malgré que j'ai
déclaré depuis mon arrivée à Alger que le
Sahara est marocain, et que les Sahraouis sont des marocains, je leur
ai dit que je suis avec le plan de James Baker, d'ailleurs c'est bien
Hassan II qui a accepté le plan Baker quoiqu'il était un
roi dictateur. Je suis avec Baker et je réitère cette
position.
Quant à ce qui se répand à propos des Sahraouis
à Tindouf, qu'ils sont des séquestrés, ce ne sont
que des mensonges et de la mystification. Les seules
emprisonnées sont les prisonniers de guerre marocains, le reste
sont des Sahraouis et n'ont aucun désir de rentrer au Maroc. En
plus, tout ce qui se dit à propos de leur existence sous
l'états de siège et qu'ils sont empêché
d'accéder au Maroc ou autres n'est que diffamation parce que les
frontières entre Tindouf et la Mauritanie sont ouvertes et tout
un chacun qui désire les traverser en direction du Maroc ne
trouvera pas de difficulté pour ce faire.
M. Antra : Et qu'en est-il des
campements là-bas ?
A-L : Il est vrai que se sont
des campements qui manquent des plus rudimentaires conditions d'une vie
digne. Et j'ai exprimé aux Sahraouis qui y vivent ma position
d'opposition à la situation sociale là-bas à
partir du fait que je les considère des Marocains et des
frères, mais j'ai trouvé de leur part un refus absolu pas
seulement à rentrer au Maroc mais aussi à devenir des
Marocains, quoique leurs réponses à mes questions ont
toujours été courtoises et polies.
D'autre part, j'ai écris après mon retour en Espagne un
article sur les prisonniers de guerre marocains, dans lequel je les ai
défendu et qui a été publié dans "El Mundo"
et reproduit par "Le Courrier International". Seulement, personne n'a
mentionné cet article et on a parlé seulement de ma
visite à Tindouf, ce qui veut dire que leur vision des choses
est trop étroite, ils ne voient dans mes mouvements et mes
écritures que ce qui ne leur sert en rien.
M- Antra : La liberté de
presse connaît ces dernier temps un développement
qualitatif, comment voyez vous, en tant que journaliste résidant
en dehors du Maroc, cette liberté sachant que vous avez
été jugé à cause de ce qui a
été publié dans les deux journaux que vous
dirigiez ?
A-L : Ce qui a attiré
mon attention dernièrement est que le magazine "Tel Quel", que
son directeur tout spécialement (et non ses journalistes, parce
que je fais la différence entre le directeur et les
journalistes) m'attaquait pour des raisons que je n'ai pu savoir si
s'est personnel ou pas. Cette personne, qui m'a déjà
accusé de plusieurs choses tel que : je veux "casser" des choses
et que je bouge de façon très rapide etc, cette
même personne a publié aujourd'hui une caricature du roi
Mohamed VI sachant que je n'ai jamais eu le cran de publier une
caricature semblable, je publiais à peine une tête, des
pieds, une main… Plus encore, il a confirmé maintenant ce qui
m'a valu d'être traduit en justice quand j'ai parlé du
budget du Palais, puisqu'il a mentionné ce sujet le confirmant,
ce qui veut dire que le roi est en train de voler les biens du peuple
!? J'ai vraiment rigolé en lisant ces choses que j'ai
déjà traitées.
M.Antra : Pourquoi ?
A-L : Parce que les personnes
qui m'attaquaient et me critiquaient ont changé d'attitude
maintenant et commencent à écrire sur les mêmes
sujets que je traitais auparavant. La liberté de la presse ne
peut pas être bloquée, son développement est
inéluctable, et personne ne peut faire face à cette
évolution malgré les moyens qu'il peut avoir à sa
disposition, surtout que nous vivons le temps de l'Internet avec les
horizons énormément ouverts que la révolution de
la télécommunication et de l'information et les
multimédias offrent. Ils ont attaqué Ali Lemrabet, ils
ont cherché tout ce qui est susceptible de tacher sa
réputation, mais qu'est ce qu'ils ont récolté ?
Ils ont fait de Lemrabet un héros avec excellence sur le plan
international. Plus encore, le conseiller du roi, Azoulai, a
rencontré des responsables de deux organisations
nord-américaines leur demandant de ne pas me défendre
sous prétexte que je suis anti-sémite !! La
réponse de ces responsables était de lui demander de
porter plainte contre Lemrabet s'il a des preuves contre lui,
détournant ainsi leurs dos à tous les propos d'Azoulai.
Un autre conseiller du roi, dont je cherche toujours le nom et je le
trouverai sans doute, a rencontré des responsables de quelques
institutions de défense des droits des journalistes au Caire, il
leur a demandé de ne pas défendre Lemrabet sous
prétexte que Lamrabet a des relations avec le Mossad
israélien !! Mais quand même, je ne sais pas maintenant si
je suis anti-sémite ou si je travail avec le Mossad !? Ils
n'arrivent toujours pas à comprendre que Lemrabet est un
journaliste professionnel indépendant, qui a ses propres
idées libres et que personne ne peut contrôler.
M- Antra : Vous avez sans doute
suivit les étapes du processus de "la réconciliation
institutionnelle" qui a atteint la tenue des séances d'audition
publique de la part du comité Equité et
Réconciliation. A votre opinion comment l'opinion publique
internationale voit ces pas franchis par le Maroc dans ce domaine ?
A-L : Tout d'abord l'opinion
publique internationale se demande comment la période de la
réconciliation dont vous parlez se limite-t-elle seulement
à la période du règne de Hassan II, puisqu'elle
s'arrête à l'année de 1999 et ne la dépasse
pas. Peut être que des voix anticiperaient en disant que nous ne
pouvons pas aller jusqu'à l'an 2004. Mais pourquoi pas
jusqu'à 2001 ou 2003 ?! Je crois que la raison derrière
cela réside dans la volonté de ne pas toucher au
régime du roi Mohamed VI parce que c'est bien lui qui finance
cette opération ; et je me demande si nous n'avons pas
été témoins de violations et de pratiques
illégales durant les derniers cinq ans ? Et puis par quel droit
le comité d'Equité et Réconciliation oblige-t-il
les victimes de ne pas mentionner les noms des tortionnaires, n'est
t-il pas nécessaire de citer tous les noms impliqués dans
les crimes, les disparitions forcées et la détention
arbitraire, comme le Général Hosni Benslimane et autres
personnes ayant pratiqué la torture et qui demeurent au pouvoir
dans des postes très sensibles ?
Quand l'Espagne est entrée dans la période
démocratique les responsables ont évité d'ouvrir
"la boite à secrets" à cause de la difficulté de
sa fermeture plus tard, mais on a procédé à
l'éloignement des personnes impliquées dans les crimes de
tortures de leurs postes de responsabilités sans poursuite
judiciaire. Ainsi la transition vers une nouvelle période s'est
passée tout doucement et calmement. Chez nous au Maroc, les
responsables sont encore à leurs postes comme si de rien
n'était. Et je vais vous raconter une petite histoire à
propos de Salah El Ouadii. Après l'interdiction de "Demain" un
des journalistes collaborateurs avec le magazine a contacté le
comité de l'Equité et Réconciliation cherchant un
emploi dans le comité qui cherchait du personnel. Il a
été transféré a El Oudii qui l'a bien
reçu tout d'abord, puis a complètement changé
d'attitude dès qu'il a su que le journaliste travaillait avec
"Demain", chose qui a poussé la pauvre victime à
s'étonner de cette attitude et me dire peu après quand je
l'ai rencontré, mais de quelle réconciliation sont-ils en
train de parler, et qu'elle est ma faute dans tout ça, je
n'étais qu'un journaliste travaillant dans un
établissement pour gagner son pain.
M- Antra : Mais vous avez
oublié que la période concernée par la
réconciliation remonte jusqu'à l'époque du
défunt Mohamed V ?
A-L : Je ne crois pas que ce
processus peut réaliser les buts qui lui ont était
assignés. Je ne crois aucunement que les gens du Rif, par
exemple, qui ont enduré l'attaque du Makhzen en 1958, vont
répondre favorablement aux appels des amis de Benzekri. Et si
nous voulons connaître la vérité, alors elle doit
être complète, et si on veut qu'elle soit ainsi alors on
ne doit pas la regarder avec un œil fermé et l'autre à
demi-ouverte. Le roi Mohamed V et Hassan II ont tous les deux
donné les ordres de l'attaque contre la population du nord ;
c'est là une vérité incontournable. On doit par
exemple faire la lumière sur les crimes ignobles commis par le
Parti de l'Istiqlal aux débuts de l'indépendance. Il y a
des témoins sur les crimes que le pays a connu et le Parti de la
Choura et l'Istiqlal peut aider dans l'information de l'opinion
publique à cet égard sachant qu'il était parmi les
victimes du Parti de l'Istiqlal, qui comptait parmi ses rangs des
membres actuellement dans le Parti national des forces populaire et le
Parti Socialiste des forces populaires.
La réconciliation, ou bien elle est totale ou ne pas être
du tout, et si nous la voulons complète elle doit couvrir toute
la période jusqu'à nos jours.
M-Antra : Ne pensez-vous pas que
la réconciliation avec la période de Mohamed VI attendra
à elle aussi un autre Benzekri et un nouveau comité pour
l'établir ?
A-L : Et pourquoi pas, parce
qu'il est difficile pour un régime politique d'établir la
réconciliation. Ils veulent réaliser leurs buts sur le
compte d'un roi qui a quitté ce monde, et pour cela ils vont
créer un grand spectacle pour donner l'impression qu'ils
travaillent dure pour l'établissement d'une
réconciliation véritable alors qu'ils ne
réussiront à la créer que verbalement. Ainsi nous
aurons à attendre quarante ou cinquante ans avant
l'arrivé de leurs fils pour établir une nouvelle
réconciliation !
M-Antra : A la une des affaires
politiques et médiatiques figurent les attaques d'une grande
partie de l'élite politique contre l'ex ministre de
l'intérieur, Driss Basri, sachant que la majorité de
cette élite a été connue soit par être
très proche de lui ou de travailler avec lui dans les
Gouvernements successifs, comment expliquez vous ce comportement
politique de la part de notre élite?
A-L: J'ai affronté Driss
Basri quand il a été au pouvoir et nous l'avions
attaqué de façon sérieuse dans le magazine "Le
Journal", ce qui est d'ailleurs documenté et connu par tous,
mais quand il a été éloigné de ses
responsabilités les choses pour moi ont fini, il était
temps de s'arrêter. De toute façon s'ils veulent juger
Basri, qu'ils le fassent, mais il ne faut pas qu'il soit le seul. Qu'on
le juge à coté de Hassan II, de Benslimane et les autres,
et c'est ce que nous allons atteindre certainement.
Ce qui m'a surpris ce sont ceux qui baisaient ses mains, et ils sont
nombreux, et maintenant ils veulent sa tête. Je vous donne un
exemple dans ce contexte. Par exemple Naim Kamal, qui a
été vu à plusieurs reprise sur quatre pattes
devant Basri dans les terrains du golf, aujourd'hui nous constatons
qu'il est devenu un vrai militant, ou encore plus, un héros qui
attaque et se prépare à écrire un livre sur Basri.
Personnellement je ne peux pas voir ce qu'il peut y écrire!
Même chose pour Abbas El Fassi, le héros du scandale de
"la société Najat", ou El Wardighi, le héros de la
dernière heure et Khayari "l'audacieux" et autres. Je
n'attaquerai pas Basri et je ne le soutiendrai pas non plus, car je
critique les gens qui sont encore au pouvoir quand ils commettent des
erreurs dans leurs politiques. Et puis, Driss Basri a perdu son poste
au pouvoir et il est devenu un vrai gisement d'informations, puisqu'il
vous fournisse des informations moitié fausses, qui
nécessitent d'être trié pour y trouver la
vérité. Basri nous explique comment chacun travaillait et
qu'elle était la relation de chacun avec le système
politique puisqu'il les connaît tous.
M-Antra : Comment avez vous
perçu le fait que Basri soit privé de son passeport ?
A-L : Je crois qu'ils n'ont pas
le droit de priver Basri de son passeport et j'avais écris un
article dans le journal français "Le Monde" dans lequel j'ai
fait allusion à ce que Basri, qui privait les gens de leur
passeport, est maintenant privé du sien. Ils n'ont pas le droit
de contacter le président français Jacques Chirac
à travers des gens pour le pousser à priver Basri des
papiers de résidence, c'est un comportement enfantin, parce que
si c'est gens ont des preuves de son implication dans des dossiers
particuliers pourquoi ne le jugent-ils pas, à condition qu'il ne
soit pas le seul à être juger, il faut aussi juger Hussni
Benslimane, Hafidh Benhachem et les autres. S'il y a une volonté
politique chez le pouvoir pour élucider les dossiers du
passé, il faut alors ouvrir tous les dossiers et chercher les
noms qui se sont enrichis et ayant accumulés des fortunes
colossales dans des domaines tel que la pêche, l'agriculture, le
commerce... Mais qu'on personnalise la crise en Basri tout seul et
qu'on l'accuse de corruption et de s'être enrichi
illégalement et qu'on procède par exemple à couper
l'eau à une ferme qui lui a été donnée par
Hassan II rien que parce qu'elle se trouve à coté de la
"ferme" de Mohamed VI, eh bien ça c'est pas logique.
M-Antra : On vous accuse, en plus
de Moulay Hicham, Basri et l'Association Sahara marocain sous la
direction de Ridha Toujni, de constituer un front à
l'extérieur contre le régime, qu'elle est la
vérité en cette accusation ?
A-L : Mon front est interne et
n'est pas externe. Je réside au Maroc et je vais très
prochainement éditer un magazine satyrique. Beaucoup de choses
ont été répandues et écrites sur mon
compte. On a prétendu par exemple que Lemrabet est un agent des
services secrets espagnols, qu'il a des relations très fortes
avec le Mossad, ou encore avec le Polisario... Ils ont tout dit, mais
comment est-il possible que leurs services secrets qui connaissent tout
et qui comptabilisent aux citoyens jusqu'à leur respiration, qui
écoutent leur communications téléphoniques,
contrôlent leur comptes bancaires et les suivent où ils
vont, sachant que ces services travaillent en dehors de la loi, comment
ces services auraient-ils échoué à trouver des
preuves pour poursuivre Lemrabet devant le tribunal au lieu de
créer un crime qu'ils ont nommé atteinte aux symboles
sacrés.
M-Antra : Comment expliquez vous
l'accord de Lemrabet, Manthri, Moulay Hicham, Basri... dans
l'opposition au système ?
A-L : Je ne sais pas si Moulay
Hicham est un opposant ou non ? Même cas pour Basri et
l'association Sahara marocain ? Aux autres leurs affaires, quand
à moi je suis un opposant à ce régime, et les amis
de Lemrabet sont nombreux, des gens de la presse, de loi, des artistes,
des politiciens et des sécuritaires.
M-Antra : Vous avez dit
sécuritaires ?
A-L : Oui, il y a plusieurs
hommes du milieu sécuritaire qui sympathisent avec moi, et
Moulay Hicham n'est pas mon ami, mais je le respecte très fort
et je le considère malgré le fait que je ne suis pas
d'accord avec toutes ses idées et visions ; mais il est le
Alaouit que je respecte le plus au Maroc.
M-Antra : Vous dites que vous
représentez l'opposition au régime, avez vous un projet
politique ?
A-L : Je n'ai pas un projet
politique, et je ne suis pas un opposant politique. Je m'oppose
simplement à ce système et je souhaite
l'établissement de l'Etat de la loi et des institutions, et mon
projet est que j'ai un journal que je veux un miroir qui reflète
toutes les opinions et toutes les voix libres qu'elles soient
islamistes, socialistes ou libérales... Un journal que je veux
obséder par le désir de concrétiser la
démocratie.
M-Antra : A votre opinion qui
gouverne le Maroc ?
A-L : Le roi Mohamed VI
M-Antra : Mais votre attaque
s'est concentré plus sur des noms qui l'entourent ?
A-L : J'ai publié
auparavant un article dans lequel j'ai dit que le sacré c'est
Allah seul, et que rien d'autre ne l'est. A partir de cela je critique
le Gouvernant et ses collaborateurs... et je crois que mon journal
reflétait mes idées et visions à ce sujet.
M-Antra : Croyez vous que le roi
Mohamed VI est satisfait de cette situation ?
A-L : Bien sûr, le roi
lit quotidiennement les nouvelles sur le pays dans les journaux, peut
être qu'il ne lit pas les journaux nationaux mais il lit sans
doute les journaux français et espagnols, car ces derniers mois
Fouad Ali El Hemma et El Fassi El Fehri ont demandé au chef du
Gouvernement espagnol, Zapatero, de l'aide pour mettre un terme
à l'attaque contre le régime de Mohamed VI dans la presse
espagnole, ce qui veut dire que le roi est au courant de ce qui se
passe.
M-Antra : Nous avons entendu que
vous allez recevoir un prix d'une association américaine ?
A-L : Je ne vous dirais pas ni
le nom de cette organisation ni la nature de ce prix.
M-Antra : Pourquoi ?
A-L : Tout simplement parce que
le Makhzen va envoyer de nouveau les conseillers du roi à cette
organisation pour la convaincre à ne pas me donner ce prix,
alors par pitié avec l'argent du peuple qui est gaspillé
sur les mouvements de ces conseillers, et par pitié pour eux
même parce que les envoyer dans de semblables missions va leur
coûter un efforts sans résultats. Je ne
révélerai pas le nom de cette organisation, et ce sera le
20ème prix que je reçois, d'ailleurs j'ai un grand
problème à trouver suffisamment de place dans ma maison
pour tous ces prix.
M-Antra : Mais vous devez
remercier le Makhzen parce qu'il est derrière tout cela !
A-L : Evidemment, le Makhzen a
été réellement derrière les raisons qui ont
contribué à faire briller mon nom à
l'étranger, pour cela je vais partager mes prix avec lui. C'est
son droit dont je ne le priverai pas.
M-Antra : Quels est votre projet
pour le futur ?
A-L : je vais lancer
très prochainement un magazine satyrique en langue
française qui portera provisoirement le nom de "Après
Demain", et après un autre magazine en arabe. J'ai dit
provisoirement "Après Demain" parce que le Makhzen peut nous
surprendre en refusant le nom sous prétexte qu'il y a des noms
similaires dans la presse marocaine pour nous mettre des battons dans
les roues. Ce qui est important c'est que mes projets sont en route et
apparaîtront très prochainement." (SPS)