|
|
|
SPS "Il y a une répression marocaine contre la conscience nationale des Sahraouis", affirme un magistrat italien 07.08.06
|
Alger, 07/08/2006 (SPS) Le magistrat italien, membre de l'association
"Antigone" pour la défense des droits de l'homme, a affirmé, dans une interview
au quotidien algérien, Liberté, qu'"Il y a une répression marocaine contre la
conscience nationale des Sahraouis", apportant un témoignage accablant sur le
drame des Sahraouis dans les territoires occupés du Sahara Occidental.
Nous reproduisons ci-après, l'intégralité de cet entretien réalisé par Samar
Smati et publié dans l'édition du dimanche de ce journal algérois :
"Alors que la répression marocaine des manifestations pour l'indépendance du
Sahara occidental se poursuit dans les territoires sahraouis occupés, avec
l'arrestation jeudi de 6 militants et la présence actuelle de 29 prisonniers
politiques sahraouis dans les geôles marocaines, Nicolas Quatrano, magistrat
italien et membre de l'association italienne Antigone pour la défense des droits
des détenus, qui s'est rendu à El Aaiun et Smara, apporte un éclairage
particulier sur la situation dans les territoires occupés et les conditions
dramatiques que vivent les détenus sahraouis et la population dans la région.
Liberté : L'association italienne Antigone a décidé la création d'un bureau
d'observation sur les prisonniers sahraouis. Pourquoi ?
Nicolas Quatrano : L'association Antigone de défense des droits des détenus, qui
travaille depuis plus de vingt ans en Italie sur le monde carcéral et les
conditions de détention, a décidé d'organiser un bureau d'observation
spécialement sur la condition des prisonniers sahraouis. Ce bureau n'est pas
encore créé, mais il est en voie de l'être. Le suivi et la présence des
observateurs internationaux lors des procès de prisonniers sahraouis sont
importants. Nous avons remarqué que les premiers procès contre les militants
sahraouis avaient abouti à des condamnations très fortes. Par la suite, avec la
présence des observateurs étrangers, les condamnations sont devenues plus
légères. D'où l'importance de la présence des observateurs étrangers.
Question : Vous vous êtes rendu dans les territoires sahraouis. Dans quelles
circonstances se déroulait votre déplacement ?
Je me suis rendu avec un avocat et un journaliste français à El Aaiun et Smara
pour assister aux procès des militants sahraouis qui devaient se tenir le 25
avril dernier, dont ceux de Brahim Dahane et Brahim Sabbar (président et
secrétaire général de l'Association sahraouie des victimes des violations graves
des droits humains, ndlr). Nous sommes arrivés à El Aaiun le 24 avril. Nous
avons trouvé une situation très particulière puisque le 22 avril, le roi du
Maroc avait gracié 42 prisonniers sahraouis. Les procès avaient été annulés et
les prisonniers libérés. Nous avons rencontré quelques-uns à El Aaiun et Smara.
Les familles des détenus ont organisé des fêtes pour ces libérations qui sont
devenues des manifestations pour la libération du Sahara occidental. La police
marocaine est intervenue en arrêtant, blessant des manifestants et en saccageant
des maisons. Nous avons vu les femmes blessées et les maisons saccagées. Nous
avons discuté avec beaucoup de militants sahraouis qui ont témoigné de la
répression marocaine, de la torture dans la Carcel
Negra d'El Aaiun (prison noire, ndlr), des détentions illégales et de la
violation des droits humains. Il y avait 42 prisonniers libérés à la faveur de
la grâce; après les manifestations, la police marocaine a arrêté 102 Sahraouis.
Question : Vous êtes magistrat et vous utilisez quand même un mot assez fort.
Celui de la torture...
Je parle de torture parce que j'ai reçu des témoignages sur les tortures des
femmes et des hommes sahraouis. J'ai vu également les signes de brutalité et de
frappe sur les militants. J'ai même vu des manifestations pacifiques sur des
enregistrements vidéo. Beaucoup de militants sahraouis m'ont déclaré que leur
choix est le pacifisme intégral, une lutte pacifique démocratique. Il n'y a pas
de violence, pas de terrorisme, rien de tout cela. Il y a une répression
marocaine contre la manifestation de pensée, contre la volonté déclarée d'être
indépendant, contre la conscience nationale des Sahraouis. C'est terrible, les
militants sont arrêtés, blessés seulement parce qu'ils manifestent leur volonté
d'être indépendants. Il leur est même interdit d'afficher des banderoles. C'est
une répression contre les idées. La conscience humaine ne peut supporter et
accepter que les idées soient interdites.
Question : Les militants sahraouis dénoncent les conditions de détention dans la
Carcel
Negra d'El Aaiun. Que pouvez-vous en dire ?
La Carcel
Negra était la prison de la domination espagnole, elle est devenue celle de la
domination marocaine. Je n'y suis jamais allé. Tout ce que je peux en dire
découle des témoignages que j'ai recueillis. Ce que j'ai entendu est terrible.
Les conditions de détention sont désastreuses. Il fait chaud, il n'y a pas
d'eau. Il y a une promiscuité importante entre les femmes et les hommes, entre
les adultes et les enfants. Des enfants de moins de 18 ans, des mineurs, se sont
retrouvés à la Carcel
Negra. Il n'y a pas de droit surtout. Toutes les règles généralement admises
pour la détention n'existent pas. Par contre, tout ce qui est interdit dans les
règles de la détention existe. La répression décidée s'accompagne de conditions
de détention inacceptables sur le plan du droit international. Mais ce ne sont
que des témoignages, je n'y suis jamais allé.
Question : Qu'entendez-vous par conscience nationale sahraouie ?
Les Sahraouis ont une véritable conscience nationale. J'ai parlé avec de
nombreux Sahraouis durant mon séjour. J'ai compris qu'ils ont une conscience
nationale. Les Sahraouis ont une histoire, le sentiment et la conscience d'être
un seul peuple avec une culture particulière qui n'est pas assimilable à la
culture marocaine. Leur histoire se lit dans les petits gestes, dans les
anecdotes particulières qui forment la conscience nationale. Elle se traduit par
l'idée d'être un peuple, d'être en droit d'avoir un
Etat
indépendant. Cette répression marocaine n'est malheureusement pas connue. La
cause sahraouie n'est pas connue. Il faut naturellement la faire connaître
encore parce qu'elle est absente du circuit médiatique. Il y a maintenant en
Italie et en Europe, en général, une certaine idée de la réalité sahraouie. La
tournée que vient d'effectuer la militante Aminetou Haidar en Europe a permis à
la presse et aux médias en Italie de s'intéresser à la cause sahraouie. Après il
faut contribuer à ce que l'opinion publique connaisse la réalité de la situation
au Sahara occidental. Des organisations italiennes ont décidé de s'intéresser et
de s'occuper de la situation du Sahara occidental. Il y a également beaucoup
d'initiatives des administrations locales, des associations et des ONG. Il faut
aussi continuer le travail d'observation internationale lors des procès des
militants sahraouis. La présence des observateurs est très importante. Celle-ci
peut aboutir à un meilleur respect du droit et même à des condamnations plus
légères. La présence internationale est importante pour contrôler et exiger le
respect du droit, la tenue de procès réguliers selon la loi marocaine. Pour que
les procès soient justes et non des procès politiques. Il est important d'être
présent.
Question : Vous parlez de procès politiques. Le Maroc ne reconnaît pas ce statut
aux militants sahraouis arrêtés depuis le début des manifestations. Qu'en est-il
sur le plan du droit international ?
L'Etat
marocain n'accepte pas l'idée qu'il existe un problème sahraoui. Dans la presse
marocaine, quand on évoque le Sahara occidental, c'est pour dire que c'est un
problème artificiel créé par l'Etat
algérien. C'est-à-dire que l'Etat
marocain n'accepte même pas l'idée de l'existence d'une volonté d'indépendance
du peuple sahraoui. Il y une répression de la manifestation de pensée en
n'acceptant pas l'idée qu'il existe un problème sahraoui. Donc les prisonniers
sahraouis ne sont pas pour les Marocains des prisonniers politiques, mais des
prisonniers poursuivis pour atteinte à l'ordre public ou pour détention d'armes.
Nous
contestons la détention d'armes, ces armes qui sont en réalité des pierres ou
des cocktails Molotov dans certains cas. Pour les Marocains, les militants
sahraouis ne sont pas poursuivis pour des crimes politiques, mais pour des
crimes de droit commun. Le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination a été
reconnu par de nombreuses résolutions des Nations unies. La communauté
internationale a reconnu l'existence du problème sahraoui et le droit à
l'autodétermination. Il est difficile de dire quelle doit être la condition
juridique du prisonnier sahraoui sur le plan du droit international. Sauf, bien
sûr, qu'il ne relève pas du droit commun. On peut peut-être reconnaître la
condition de prisonnier politique. Ils sont surtout des prisonniers de
conscience et non pas pour des actions criminelles. Ils font des manifestations
pour l'indépendance, et ce n'est pas un crime...".
(SPS)
010/090/666 081221 AOU 06 SPS
|
SPS Un citoyen sahraoui enlevé dans des circonstances obscures à la ville de Smara occupée
|
Smara (territoires occupés), 07/08/2006 (SPS) Le citoyen sahraoui, El Houssein Ould Mneisir a été enlevé samedi soir par les forces de répression marocaines dans des circonstances obscures, alors que sa voiture a été trouvée devant une caserne militaire, selon une source proche de sa famille.
La famille du disparu a demandé aux autorités coloniales de la ville de Smara "l'éclaircissement du sort et les raisons de l'enlèvement de son fils", a précisé la même source.
Les autorités coloniales marocaines à Smara ont "reconnu que le jeune sahraoui, El Houssein Ould Mneisir a été enlevé par des agents de la sécurité marocaines sans donner plus de précision sur les circonstances et la réalité de son enlèvement", a ajouté la même source.
Le jour suivant, les forces coloniales marocaines ont réprimé un sit-in organisé par des dizaines de sahraouis devant les locaux de l'administration marocaine à la ville de Smara, en signe de solidarité avec le jeune El Houssein Ould Mneisir et appelant à sa libération "sans condition".
Au cours de ce sit-in plusieurs personnes ont été blessées parmi lesquelles figurent, l'ex prisonnier politique sahraoui, Othmani Loud qui a été gravement blessé au niveau de la tête et se trouve actuellement cloué au lit à l'hôpital de la capitale culturelle sahraouie, Smara, a-t-on indiqué. (SPS)
020/090/110 071810 Aout 06 SPS
|
>> Dernières Dépêches << |
© Sahara Press Service: sps@spsrasd.info