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Mohamed Abdelaziz: «je ne suis au courant de l'accord dont parle Zapatero et je suis disposé à le rencontrer»

06.05.04


Madrid, 06/05/2004 (SPS) Le quotidien madrilène, ABC, a publié jeudi une interview du président de la République, Mohamed Abdelaziz, dans laquelle il répond à des questions d'actualités relatives aux relations avec le nouveau Gouvernement espagnol, du référendum et de la situation interne du Maroc, Voici l'intégralité de cette interview.

« Mohamed Abdelaziz suit depuis les campements de Tindouf (Algérie) les derniers mouvements des Nations Unies et de l'Espagne de Zapatero sur l'avenir du Sahara occidental. Le leader indépendantiste répond dans cette interview, réalisée par ABC depuis Rabat, convaincu une fois de plus que l'unique sortie, c'est l'autodétermination et affirme que la violence reviendra si la mission de l'ONU arrive à être démantelée.

-Vous avez critiqué la France pour avoir aider Rabat à se soustraire de la légalité internationale. Pensez-vous que le rapprochement entre Paris et Madrid peut signifier aussi un rapprochement de leurs positions sur le Sahara occidental?

-Effectivement l'attitude négative de la France a toujours constitué un obstacle pour les efforts de paix de la communauté internationale. Ce qui est souhaitable c'est que l'Espagne entraîne la France et ensemble les deux pays donnent l'exemple en défendant de concert la légalité internationale. Ce serait une incohérence monumentale de tomber dans les mêmes erreurs qu'ils se sont reprochées dans la crise de l'Irak. En ce qui concerne la question sahraouie le plan de paix ne requiert pas de coalitions et encore moins de déploiements militaires.

-Le Président espagnol a été en visite à Paris et à Rabat et le ministre Moratinos s'est rendu à Alger. Est-ce que le Polisario a eu déjà des contacts directs avec le nouveau Gouvernement espagnol ?

-J'ignore les détails de ce « grand accord » auquel se réfère M. Zapatero au cours de sa visite au Maroc. Comme étant partie principale dans ce conflit, nous n'avons pas reçu jusqu'à présent aucune communication officielle. Pour ma part, je suis prêt à m'entretenir avec le Président espagnol dans le
lieu et le moment qui lui conviennent le plus.

- Craignez-vous un changement de position de l'Espagne vis à vis du Sahara occidental ?

- Jusqu'à présent, la position espagnole s'est limitée au soutien des résolutions de l'ONU en la matière. Il serait un contre sens qu'un gouvernement de gauche renonce à la défense du principe d'autodétermination dans une question de décolonisation.

- Pensez-vous que l'urgente nécessité d'arriver à des accords bilatéraux en matière de sécurité ou de l'immigration pourraient favoriser un rapprochement entre Zapatero et Mohamed VI concernant le Sahara occidental ?

- Les thèses de la monarchie marocaine dans l'affaire du Sahara occidental ne sont pas endossables par aucun démocrate qui se dit comme tel. Par le passé, c'était la pêche et les menaces qui pesaient sur Ceuta et Mélia, aujourd'hui, c'est le terrorisme et l'immigration illégale. Face aux vieux schémas de pressions chers à feu Hassan II, le nouveau roi du Maroc doit plutôt prôner, une fois pour toute, le respect des frontières de son royaume en sauvegardant sa stabilité interne, en luttant contre la pauvreté et en tolérant plus de libertés démocratiques. Madrid ne doit pas continuer à sacrifier ses intérêts dans le reste du Maghreb pour des relations d'exclusion avec la monarchie marocaine.

- Le roi et le Gouvernement du Maroc pensent qu'un Sahara indépendant deviendrait un sanctuaire de terroristes. Croyez-vous qu'après les attaques de Casablanca ou Madrid cette théorie peut-elle devenir un argument favorable pour Rabat ?

- C'est une basse opération de propagande, qui ne nous dérange pas. S'il reste encore un coin dans le monde arabe et islamique immunisé contre l'extrémisme islamique, c'est bien le Sahara occidental. Le Maroc est le moins indiqué pour accuser quiconque dans ce domaine. Tout d'abord ses propres sujets
sont impliqués dans les attentats du 11septembre aux Etats-Unis ; c'étaient des Marocains aussi qui se sont suicidés dans les attentats de Casablanca, ainsi que ceux impliqués dans les attentats du 11 mars à Madrid. On peut dire aujourd'hui que le Maroc est devenu un véritable sanctuaire du terrorisme islamique. Je doute fort que les services secrets du Maroc n'ont pas encore tout révélé concernant en particulier les attentats de Madrid.

- Pensez-vous que le Polisario est en train de perdre le soutien au niveau de l'ONU et que par conséquent il laisserait ainsi échapper sa grande occasion  si Rabat réussit à bloquer la consultation démocratique à laquelle fait référence le Plan Baker ?

- C'est justement tout le contraire. Dans le dernier rapport du Secrétaire Général de l'ONU et dans la résolution du Conseil de sécurité ils défendent le Plan Baker et l'autodétermination. En fait, le rapport avertit sur les conséquences néfastes qui découleraient de l'acceptation de la proposition marocaine relative à l'autonomie. Je crois que c'est plutôt le Maroc qui se trouve ans une position incommode.

- Ne pensez-vous pas que le Maroc insiste en offrant cette autonomie pour fermer la porte à l'autodétermination ?

- Ce serait un effort inutile qui ne ferait que faire perdre le temps à la communauté internationale. Rappelez-vous que le Maroc aveait pris l'engagement de respecter les résultats du référendum, même si l'option de l'indépendance l'emporterait. Je me souviens encore des propos de Hassan II lorsqu'il a affirmé que le Maroc serait le premier pays à ouvrir une ambassade à El Aaiun si les Sahraouis votaient pour leur indépendance. Mohamed VI aurait du honorer les engagements de son défunt père. Dans tous les cas, pour nous les Sahraouis, il est inconcevable qu'il puisse y avoir une solution qui ne respecte pas notre droit légitime à l'autodétermination ». (SPS)

010/090/333 061754 mai 04 SPS

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