Entretien exclusif avec l’envoyé spécial, l’Ambassadeur Amar Belani Accordé à SPS

Chahid ElHafedh, 24 mai 2022 (SPS) L'Envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb, Amar Belani a accordé un entretien à la SPS concernant les calculs du Maroc dans le contexte international actuel, dont voici l’intégralité de ce entretien :

1. certains think tanks  estiment que la guerre en Ukraine a faussé les calculs du Maroc. Qu’en est t=il exactement ?
 
Sans rentrer dans les détails, ceux qui espéraient que la décision de l’ex administration américaine allait leur ouvrir un boulevard susceptible de faire sortie l’UE et se Etats membres (notamment) de la « zone de confort » (sic) doivent dessiller et faire face a une nouvelle situation ou la communauté internationales sera plus regardante sur le respect des principes et des valeurs de la charte des Nations Unies. Le recours à la force pour modifier les frontières est strictement interdit par le droit international. Ceci est valable sous toutes les latitudes et ne peut faire l’objet de lecture différenciée. Je rappelle, à ce propos, que la cour de justice de l’UE a clairement statué que le territoire du Sahara occidental est un territoire « séparé et distinct » et que le Maroc n’y exerce aucune forme de souveraineté. L’occupation sauvage de ce territoire non autonome =y compris à travers le recours à l’utilisation d’armes internationalement prohibées (napalm) = en violation flagrante du droit international  ne pourra, en aucune manière,  entraver l’exercice par le peuple sahraoui  de son droit inaliénable et imprescriptible a l’autodétermination, tant il est admis, par la communauté internationale, que le statut final de ce territoire non autonome reste à déterminer sous les auspices des Nations Unies conformément à la légalité internationale. Les contorsions de la diplomatie marocaine visant à occulter la légalité internationale, en essayant  vainement de bilatéraliser une question de décolonisation, comme lors du « souk de Marrakech », sont vouées à l’échec comme en atteste la dernière sortie cinglante du Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, qui a réaffirmé avec force que « toutes les questions concernant le Sahara occidental et son statut doivent être traitées conformément au droit international dans le cadre du processus politique onusien ». 
 
2.  la presse espagnole évoque le lancement imminent de négociations entre Madrid et Rabat sur la délimitation des eaux territoriales et de l’espace aérien, qu’en est=il  au juste?
 
Tout d’abord, il faut signaler que le Maroc ne gère pas, et n’a jamais géré l’espace aérien du Sahara occidental. La navigation aérienne est, depuis toujours, gérée par l’Espagne, la puissance administrante de juré ; c’est un fait têtu qui vous donne une idée  édifiante de la pseudo souveraineté fantasmée par la puissance occupante.
Nous ne commentons pas les articles de presse mais, tout comme les autorités sahraouies, nous suivons de prés cette question, car en vertu du droit international et des arrêts de la cour de justice de l’UE, les eaux contigües au territoire du Sahara occidental ne relèvent pas de la souveraineté marocaine. Les propositions de contrats fabuleux offerts par la puissance occupante pour contourner le droit international et le droit européen  mèneront  irrémédiablement à une impasse face à la force et à la cohérence de la jurisprudence, notamment européenne.
 
 
3. Que pensez vous de la déclaration de l’Ambassadeur de Palestine a Dakar qui a fustigé la compromission du Maroc sur la cause palestinienne ?
Il ne m’appartient pas de me prononcer sur la déclaration de L’Ambassadeur de Palestine, mais je pense qu’’il a dit tout haut ce que les palestiniens pensent généralement de cet vil marchandage qui s’est fait sur le dos de deux peuples qui vivent sous le joug de l’occupation et de la répression aveugle, a savoir le peuple palestinien et le peuple sahraoui. Rien d’étonnant, car ces deux régimes oppressifs ont  le même ADN : ils ont en partage l’expansionnisme institutionnalisé (l’article  42 de la constitution du Maroc dispose que le roi est garant de l’intégrité territoriale du royaume dans ses frontières « authentiques ») la violation systématique, préméditée et planifié des droits l’homme des peuples subjugués et, enfin la spoliation massive de leurs ressources naturelles sur lesquelles ces derniers disposent pourtant d’une souveraineté permanente au regard du droit international ; vous remarquerez que la mise au point de la diplomatie palestinienne, que les medias marocains se sont empressés de relayer, avec un zèle quelque peu gêné, est purement  formelle et elle ne revient pas sur le fond de la déclaration de l’Ambassadeur, tant il est vrai que le point de vue exprimé dans les colonnes du journal sénégalais est partagé par le leadership palestinien.
 
4. le Maroc vient d’annoncer la création d’un prix pour rendre hommage a la journaliste Shereen Abu Aqleh mais quid du comité Al Qods présidé par le roi du Maroc ?
 
Cette honorable martyre de la cause palestinienne, que Dieu ait son âme, mérite beaucoup plus qu’un prix symbolique qui sera attribué au cours d’une cérémonie « culturelle ».  Son martyre, qui  se confond charnellement avec les souffrances indicibles du peuple palestinien, mérite que le comité Al Qods, cliniquement mort par choix politique délibéré et par calculs opportunistes, prenne a bras  le corps la question lancinante d’Al Qods Echarif qui fait face a de multiples agressions, dont la dernière est l’autorisation accordée aux colons juifs pour effectuer des rituels psalmodiques sur l’esplanade de la mosquée Al Aqsa. Les autorités palestiniennes ont condamné la violation grave de la situation historique du Haram Al Sharif. Nous attendons toujours la réaction du Comité Al Qods