Sahara occidental : ce que cachait l’alerte lancée par le gouvernement espagnol sur une soi-disant menace terroriste

Sahara occidental : ce que cachait l’alerte lancée par le gouvernement espagnol sur une soi-disant menace terroriste

Une « fake news » d’État au service de la monarchie marocaine

 

                              

Luis Portillo Pasqual del Riquelme

 

 

 

On est dans les derniers jours de novembre 2019. La 44ème  Conférence internationale de soutien et de solidarité avec le peuple sahraoui (EUCOCO), qui s'est tenue à Vitoria-Gasteiz (Espagne), vient de se terminer avec une très bonne participation ; et pour la première semaine de décembre, de nombreux membres de familles espagnoles devaient se rendre dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, pour rendre visite aux enfants qu'ils accueillent généreusement et solidairement chez eux, en Espagne, pendant les mois d'été, grâce au programme "Vacances en paix", géré depuis de nombreuses années par la CEAS-Sahara, la Coordination nationale des associations de solidarité avec le Sahara occidental. Et à la fin de ce même mois de décembre, le 15ème congrès du Front Polisario devait se tenir dans la localité sahraouie de Tifariti, dans la partie du Sahara occidental contrôlée par le Front.

 

C’étaient là trois événements d'une grande importance pour le peuple sahraoui, la société civile espagnole et le mouvement de solidarité internationale. Il n'est pas surprenant que des tentatives aient été faites pour les faire taire, les cacher, les boycotter et, dans la mesure du possible, les empêcher, conformément aux intérêts mesquins de l'occupant colonialiste marocain.

 

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La mise en garde sur le site du ministère, présente depuis 2013 et "actualisée le 27 novembre"

 

Et c’est à ce moment précis, dans ces circonstances exactes - quelle coïncidence ! – que le ministre espagnol des Affaires étrangères, d'abord, puis la ministre de la Défense, ont lancé une étrange alerte qui a été diffusée en une par tous les médias (presse, radio et télévision), selon un scénario : le gouvernement espagnol prétend disposer d'informations crédibles provenant de sources étrangères « fiables » selon lesquelles des attaques terroristes et l'enlèvement d'Espagnols dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf vont avoir lieu dans un avenir proche, raison pour laquelle les citoyens espagnols ont été exhortés à ne pas se rendre dans ces camps et, ceux qui s'y trouvaient, à les abandonner dès que possible. Et même, on a semé le doute sur la possibilité de procéder au rapatriement de la centaine de coopérants qui y travaillent habituellement (et dont l'existence jusqu'à présent ne nous avait jamais été signalée...).

 

Dans un premier temps, cette alerte et l'apparent « intérêt inhabituel » du gouvernement espagnol pour la situation sécuritaire dans les camps de réfugiés sahraouis ont beaucoup surpris l’opinion, étant donné le silence obstiné et la sécheresse d'information habituelle entretenue officiellement sur tout ce qui concerne le Sahara occidental depuis ce slogan d’ « encapsuler » cette question lancé en 2008 par l'ancien président du gouvernement Felipe Gonzalez (32 ans après avoir déclaré à Tindouf :  « ..Notre parti sera avec vous jusqu'à la victoire finale... »). Et immédiatement, l'alarme lancée par le gouvernement espagnol a indigné le gouvernement sahraoui, le Front Polisario et le large mouvement de solidarité avec la cause sahraouie, puisque ni les autorités sahraouies ni les gouvernements des pays voisins, en particulier l'Algérie et la Mauritanie, n'avaient été informés de ce prétendu danger « imminent ». En revanche, et de manière suspecte, avant d'avertir la population espagnole de la prétendue attaque terroriste « imminente », le ministre Josep Borrell avait eu un entretien avec son homologue marocain, Nasser Bourita, qui était venu au ministère espagnol des Affaires étrangères la veille au soir. Et même, selon des rumeurs non confirmées (El Confidencial Saharaui), la veille au soir, la ministre de la Défense par intérim, Margarita Robles, avait assisté à un dîner avec le ministre marocain des Affaires étrangères, au cours duquel l'opération alarmiste suspecte aurait été préparée en collusion.

 

 

 « Le Maroc et l'Espagne ne sont pas seulement des amis et voisins, mais des partenaires stratégiques » : Josep Borrell avec Nasser Bourita, juin 2018

 

Comme il fallait s'y attendre, la presse marocaine s'est empressée de diffuser la nouvelle immédiatement sur la base de l'alerte lancée par le gouvernement espagnol (et non par les autorités algériennes, celles du Front Polisario ou la MINURSO...). Et de manière très obscure, ils ont également voulu impliquer l'Algérie et la MINURSO, qui ont fortement nié l'existence de toute alarme. « L'Algérie nie avoir averti la MINURSO du risque d'attaques au Sahara », rapportait diariolibre.com : « Le ministère algérien des Affaires étrangères a nié aujourd'hui avoir informé la Mission des Nations Unies [pour le référendum] au Sahara occidental (MINURSO) qu'il y avait un risque élevé d'attaques djihadistes et d'enlèvements d'étrangers dans les camps de réfugiés sahraouis et en particulier dans les zones proches du mur de séparation avec [le territoire sahraoui occupé par] le Maroc ».

 

L'agence de presse algérienne APS a rapporté : « Le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères (MAE), Abdelaziz Benali-Chérif, a nié l'information sur le prétendu « avertissement  émis par le gouvernement algérien » à la Mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO) ». Elle ajoutait que « les médias qui ont soutenu la diffusion de ces informations fausses et infondées, dans le but de manipuler et de diffuser des informations absurdes, ont l’objectif évident de nuire à l'Algérie, à son peuple et à ses institutions ». Elle poursuivait : « Le prétendu avertissement du gouvernement algérien à la MINURSO est encore plus fantaisiste, car les camps sahraouis de Tindouf se trouvent en territoire algérien et, par conséquent, les forces de sécurité algériennes, dirigées par l'Armée nationale populaire, garantissent la sécurité sur l'ensemble du territoire national ». Le porte-parole du MAE algérien a également souligné que « le moment choisi par ces médias et leurs sponsors est loin d'être fortuit, étant donné le contexte régional et la proximité de certains événements importants » (en référence aux visites de Noël de nombreuses familles espagnoles dans les camps sahraouis et à la célébration fin décembre du 15ème  congrès du Front Polisario) (El Moudjahid : « Le MAE bat en brèche les informations sur le prétendu avertissement lancé par l'Algérie à la Minurso »).

 

Pour sa part, le Front Polisario, par l'intermédiaire de son Secrétariat national, a déploré les tentatives « suspectes » de nuire à la lutte et à la réputation du peuple sahraoui et du mouvement de solidarité avec sa juste cause, notamment le dernier avertissement lancé par le ministère espagnol des Affaires étrangères, après avoir rencontré son homologue marocain, ce qui soulève certaines questions (...) Ces tentatives - poursuivaitt le Secrétariat national - visent également à interrompre la célébration du 15e congrès du Front Polisario (Europa Press : « Le Polisario accuse l'Espagne d'avoir mis en garde contre des attentats à Tindouf et relie cela à la visite du ministre marocain »).

 

 

La crédibilité du gouvernement espagnol et le « cadeau » de l'ancien ministre Borrell au Maroc

 

Lorsque les autorités d'un pays avertissent d'une éventuelle attaque terroriste « imminente » sur la base de « sources fiables », il ne devrait en principe pas y avoir de raison pour que nous, citoyens, nous méfiions de cet avertissement, au point de ne pas suivre les instructions qui nous sont données « pour des raisons de sécurité ». Cependant, la réaction excessive inhabituelle du gouvernement espagnol (le ministre des Affaires étrangères et la ministre de la Défense, tous deux « par intérim ») a semblé très étrange et très suspecte. Avec les ingrédients mentionnés ci-dessus et de nombreux autres précédents avérés, le gouvernement espagnol a perdu le peu de crédibilité qu'il pouvait avoir sur la question du Sahara occidental, étant donné sa dérive systématique vers des opérations de diversion, ses silences étourdissants, les demi-mesures et la servilité dont il a fait preuve envers le monarque alaouite.

 

Il est vrai qu'aujourd'hui, aucun pays n'est à l'abri d'une éventuelle attaque terroriste. Cette menace peut se matérialiser à tout moment et dans n'importe quelle partie du monde. Pour preuve, précisément à ces dates, la véritable menace terroriste s'est matérialisée à Londres, en Grande-Bretagne (29 novembre, deux morts et trois blessés poignardés) ; à Moscou, en Russie, au siège même de l'ancien KGB (19 décembre, un mort et cinq blessés par balles) ; à New York, aux USA (cinq blessés poignardés le 28 décembre) ; à Mogadiscio, en Somalie (29 décembre, voiture piégée, au moins 76 morts et plus de 100 blessés) ; à Ostrava, en République tchèque (10 décembre, 6 morts et 3 blessés par balles) ; à White Settlement, au Texas, aux USA (30 décembre, 2 morts et 1 blessé par balles) ; à Paris, en France (3 janvier, 1 mort et 2 blessés par balles) ; à Lamu, au Kenya (5 janvier, 3 Américains morts et 2 blessés)...

 

Mais, comme c’est curieux, comme c’est étrange, il n'y a pas eu d'attaque terroriste dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf. Et dans les lieux mentionnés ci-dessus, où des attaques terroristes ont eu lieu, aucune alerte préalable n'a été lancée quant à d'éventuelles attaques, et les citoyens n'ont pas été avertis de ne pas se rendre dans ces lieux ou de les quitter dès que possible... Parce qu'ils auraient certainement pu se produire n'importe où ailleurs : Madrid, Cambrils, Berlin, Barcelone, Bruxelles, Finlande, ... et cela ne signifie pas qu'il est conseillé à la population de cesser de se rendre dans ces lieux ou de les abandonner, comme l'ont conseillé - dans le cas des camps sahraouis de Tindouf - les ministères des Affaires étrangères et de la Défense, par le biais de leurs propres titres dans la presse, la radio et la télévision ; outre l'étrange anomalie, dans le domaine de la coopération antiterroriste, que les gouvernements et les autorités sahraouis, algériens et mauritaniens n'ont pas été avertis du danger présumé, et qu'au lieu de cela, la population espagnole a été alarmée à plusieurs reprises (et, par extension, le monde entier, car la machinerie marocaine bien huilée de l'intoxication et de la propagande et ses larbins se sont empressés de la diffuser urbi et orbi).

 

Eh bien, malgré cette alerte suspecte et diffusée de manière intéressée, on peut dire qu'aujourd'hui les camps sahraouis, établis sous la surveillance et le contrôle des autorités sahraouies elles-mêmes, sont parmi les plus sûrs au monde. L'expérience des organisations internationales et des ONG opérant dans ces camps, la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et les rapports du Secrétaire général des Nations unies au Conseil de sécurité en témoignent. Pour toutes ces raisons et en raison de la manœuvre alarmiste inhabituelle du gouvernement espagnol, le gouvernement sahraoui et le Front Polisario ont immédiatement répondu par une déclaration d'indignation, en essayant de démasquer cette opération d'intoxication - selon l'opinion de beaucoup, peu crédible -, déjà pratiquée à plus d'une occasion.

 

La déléguée et représentante du Front Polisario en Espagne d’alors, Khira Bulahi - qui n'avait pas non plus été officiellement informée et qui a appris cette alerte par les médias ( !) - a dû se rendre de sa propre initiative au ministère espagnol des Affaires étrangères pour demander des informations sur les raisons de cette étrange alarme. Une belle façon d’ignorer la représentante officielle du peuple sahraoui en Espagne ! Et c'est aussi un signe éclatant du manque de tact et de déférence diplomatique du ministère espagnol des Affaires étrangères, toujours suspect de collusion avec le gouvernement marocain.

 

Pour leur part, les associations de solidarité avec la cause sahraouie ont réagi en blâmant gouvernement pour son acte suspect de connivence avec le Maroc et en exprimant leur intention de poursuivre leurs voyages et visites dans les camps de Tindouf. On sait seulement qu'à la suite de cette alerte douteuse, certains groupes de jeunes, qui allaient voyager durant le « pont » de décembre vers les camps sahraouis, ont reporté le voyage jusqu'aux vacances de Pâques, vues les craintes logiques de leurs familles, ce que recherchaient les concepteurs de cette alerte bidon.

 

Cependant, malgré toutes ces déclarations alarmistes, il semble que la performance de l'ex-ministre Borrell ait feu exactement l’effet contraire de ce qu'il avait prévu, puisqu'au final plus de 500 personnes se sont rendues dans les camps de Tindouf durant le « pont » des congés de la Constitution (début décembre), et qu'elles en sont toutes revenues « saines et sauves », comme l'a souligné Khira Bulahi. Le mouvement de solidarité espagnol a ainsi clairement exprimé son soutien inconditionnel à la cause sahraouie, toujours au-dessus et à l’encontre des manœuvres de ceux qui « sont complices de l'occupation illégale du territoire du Sahara occidental »", comme l'a souligné le Secrétariat national du Front Polisario.

 

Cette alerte a été décrite par certains comme « le dernier cadeau de Borrell au Maroc avant de quitter son poste de ministre des Affaires étrangères ». Dorénavant, M. Borrell pourra poursuivre ces manœuvres dans ses nouvelles fonctions au sein de l'Union européenne, comme il l'a fait dans le passé au sein du Parlement européen lui-même et plus récemment au Congrès des députés espagnols. Le Canarias-Semanal numérique l'a écrit clairement : « Le gouvernement espagnol continue à persécuter les Sahraouis 44 ans après leur expulsion de leurs maisons », en référence aux accords illégaux de Madrid de 1975, à l'invasion militaire, par le feu et le sang, du Sahara occidental par le Maroc et au massacre des Sahraouis dans leur terrible fuite devant la puissance occupante.

 

Le Maroc et la France, après l’alerte terroriste

 

Des experts en la matière, tels que Carlos Ruiz Miguel ou Ignacio Cembrero, ont depuis longtemps souligné le contexte géopolitique et les intérêts qui sous-tendent l'utilisation de la prétendue menace terroriste en relation avec les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, le Front Polisario ou la lutte légitime du peuple sahraoui pour sa liberté et son indépendance.

 

Ainsi, Carlos Ruiz Miguel, professeur de droit constitutionnel, directeur du Centre d'études sur le Sahara occidental (SACO) de l'Université de Saint-Jacques de Compostelle, co-auteur du « Dossier juridique » sur le Sahara occidental et auteur de nombreux ouvrages sur la cause sahraouie et les revendications annexionnistes du Maroc (voir « La Constitution marocaine de 2011, analyse critique »), met en évidence l'existence possible d' « agents secrets d'État » derrière le chantage au terrorisme ; et il souligne que parfois la menace djihadiste est une création des services de renseignement qui cache, entre autres, un conflit géopolitique entre États, comme dans le cas du Maroc ; et que le terrorisme est utilisé pour créer de l'instabilité dans des États à l'égard desquels il existe une hostilité, comme c'est le cas de la France avec l'Algérie depuis son indépendance en 1962 (comme l'a également souligné très récemment le journal El País, le 14/12/2019). La France - souligne Ruiz Miguel - a toujours essayé d'affaiblir l'Algérie (où se trouvent les camps de réfugiés sahraouis). Il se peut que les auteurs d'actes terroristes soient des fanatiques, mais ceux qui configurent la stratégie - dit l'auteur précité - sont d'autres, qui ont un objectif politique clair : il y a des groupes terroristes qui suivent les stratégies de certains États contre d'autres États .

 

Quant à la « stratégie marocaine » dans ce domaine, Ruiz Miguel souligne deux aspects que le Maroc a fortement défendus : 1) introduire la variable du terrorisme dans le conflit du Sahara occidental et 2) remettre en question l'idée que le territoire de la RASD-Polisario est sûr. Concernant le premier aspect, « le Maroc affirme depuis longtemps que les rapports du Secrétaire général de l'ONU sur le conflit du Sahara occidental font référence au "terrorisme". Le Maroc a imaginé mille et une "opérations" pour introduire cette variable dans le conflit... allant même jusqu'à "découvrir" un prétendu "arsenal" d'un prétendu groupe supposé "terroriste" à Amgala » (dans la zone marocaine occupée du Sahara occidental !)...

 

Concernant le deuxième aspect - la prétendue insécurité du territoire contrôlé par la RASD - Ruiz Miguel l'explique comme suit : « Cette idée a déjà été lancée lorsque les soi-disant "coopérants" espagnols enlevés en Mauritanie [2009] ont été enlevés en même temps que le Maroc avait un sérieux problème avec la déportation d'Aminatou Haidar. » « À cette occasion, il a même été dit que le ravisseur a conduit les otages à travers le territoire libéré de la République sahraouie, ce qui laisse entendre que cette dernière ne sécurisait pas correctement son territoire. Cela s'est avéré faux ».

 

Et en référence à l'enlèvement par AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) de deux humanitaires espagnols et d'une italienne dans les camps sahraouis en octobre 2011, il précise : « Cette nouvelle opération vise à mettre en avant la même idée : faire croire que la République sahraouie/Front Polisario ne garantit pas suffisamment le territoire et qu'il est "mieux" qu'il soit entre les mains du Maroc ». ("Un kidnapping avec un contexte géopolitique ?", Periodista digital, 24/10/2011 ; "AQMI : Quand l'État est complice du terrorisme", p. 247 et suivantes). Comme on peut le voir, une pure intoxication du régime marocain.

 

Pour sa part, Ignacio Cembrero, professionnel de l'information et expert reconnu des affaires maghrébines, complète l'analyse du professeur Ruiz Miguel (introduire la variable du terrorisme dans le conflit du Sahara occidental) : « Depuis trois ou quatre ans maintenant, affirmait Cembrero en 2011, la presse officielle marocaine et certains experts et centres de recherche liés à Rabat insistent sur le fait que le Front Polisario a des connivences avec la branche maghrébine d'Al-Qaïda [!] Le coup de l'organisation terroriste AQMI dans ses camps de réfugiés à Tindouf, dans le sud-ouest de l'Algérie, dément complètement ces affirmations ».

 

« Depuis des années, le mouvement indépendantiste a répondu à ces accusations [en affirmant] que la zone du Sahara sous son contrôle... est la plus sûre du désert. Il souligne également que les Sahraouis sont immunisés contre l'extrémisme islamiste. L'ambassade usaméricaine à Alger a confirmé ces affirmations dans des câbles envoyés à Washington et révélés par WikiLeaks. (...) « Il a été démontré que le Polisario non seulement ne flirte pas avec les terroristes, mais peut en être la victime ». « Le triple enlèvement est avant tout un coup porté aux indépendantistes et un motif de satisfaction pour les autorités marocaines. Alors que les responsables du Polisario étaient, en privé, désolés, les sites web marocains pro-pouvoir étalaient leur joieé. L'un d'eux, par exemple, « informait » comme suit : « Le Front Polisario n'est plus en mesure de garantir la sécurité des Sahraouis vivant dans ses camps et aurait été infiltré par l'AQMI (...), l'option d'un micro-État administré par le Polisario constitue une menace pour la sécurité de la région (...) ».

 

Bien sûr, la qualification de "micro-État" est une autre invention de l'intoxication marocaine, puisque l'étendue du Sahara occidental est plus grande que celle du Royaume-Uni, de la Guinée ou de la Roumanie, par exemple, pratiquement la moitié de l'Espagne et beaucoup plus grande que de nombreux autres pays et territoires. Et avec des ressources naturelles assez abondantes pour devenir l'un des pays les plus prospères d'Afrique. Ce qui n'est pas inventé, en revanche, c'est que la plupart des attaques terroristes, en Espagne et en Europe, ont été perpétrées par des citoyens marocains. En fait, le Secrétariat national du Front Polisario a évoqué la relation étroite du Maroc avec le soutien et la promotion du terrorisme, en particulier dans la région du Sahel, et même l'utilisation directe du terrorisme pour attaquer le peuple sahraoui (voir Ruiz Miguel, "¿Qué relación tiene Marruecos con el terrorismo en el Sahel" ; Ignacio Cembrero, "Duro golpe para los independentistas saharauis y para su anfitriona Argelia", El País, 24/10/2011).

 

 Et une autre revendication non déclarée du régime réactionnaire marocain, qui tente d'empêcher la présence de travailleurs humanitaires et la visite de citoyens espagnols et d'autres pays, est d'essayer de réduire l'aide humanitaire et la coopération avec les réfugiés sahraouis, dont le besoin se fait cruellement sentir, comme l'ont également laissé entendre les deux auteurs mentionnés ci-dessus. Tout ce qui est préjudiciable à la juste cause sahraouie est une "raison d'État" pour le Makhzen marocain. Et nous parlons de cause "juste" parce qu'elle est pleinement soutenue par le droit international (Charte des Nations unies et plus d'une centaine de résolutions de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité, Cour internationale de justice, Union africaine, Cour de justice de l'Union européenne, Cour suprême d'Afrique du Sud, Cour nationale du Royaume d'Espagne : raison de justice contre "raison d'État"), comme on peut le vérifier dans l'excellent "Dossier juridique" sur le Sahara occidental.

 

Impunité marocaine et silence du gouvernement espagnol

 

Presque au même moment où le gouvernement espagnol sonnait cette étrange alarme - niée par l'Algérie, la MINURSO et le Front Polisario - le Maroc expulsait d'El Ayoun (capitale du Sahara occidental occupé, l'ancienne "53ème province" d'Espagne), quatre députés de l’autonomie basque et un avocat. Quelques jours plus tard, le 10 décembre, une citoyenne portugaise a également été expulsée. L'expulsion de ces parlementaires (et de beaucoup d'autres avant eux) montre, une fois de plus, que ele Maroc agit en toute impunité, pour continuer à cacher les atrocités et les violations des droits humains que le peuple sahraoui subit quotidiennement dans les territoires occupés ».

 

De janvier à novembre 2019, le régime marocain a empêché au moins 19 personnes de nationalité espagnole d'entrer au Sahara occidental occupé : onze avocats, deux journalistes et six membres d'organisations de solidarité. Avec l'expulsion des parlementaires basques le 1er  décembre - aucun d'entre eux du Parti socialiste - et d'un avocat, la liste des Espagnols expulsés au cours de cette période s'élève à 24.

 

Selon le site ouèbe Contramutis, le Front Polisario a demandé au gouvernement espagnol de se préoccuper de l'expulsion de ses citoyens avec le même soin qu’il avait pris d'alarmer les travailleurs humanitaires et les personnes solidaires qui visitent les camps de réfugiés sahraouis, et de ne pas utiliser la politique du deux poids deux mesures comme il le fait toujours lorsqu'il est nécessaire d'attirer l'attention sur le Maroc : demander des explications « face à ce chapitre lamentable » qui s'ajoute à la liste des expulsions de délégations espagnoles du Sahara occidental occupé, qui se heurtent « à ce mur insurmontable imposé par le Maroc ».

 

Le coordinateur des députés expulsés le 1er décembre, Carmelo Barrio (Parti 0opulaireP), a rapporté, depuis le même avion que celui dans lequel ils ont voyagé, que l'avion avait atterri à El Ayoun en provenance de Las Palmas, mais dès qu'ils ont atterri, un représentant du gouvernement marocain les a informés verbalement qu'ils ne pouvaient pas descendre et qu'ils devaient retourner aux Canaries dans le même avion. Les députés Iñigo Martinez (Elkarrekin Podemos), Eva Juez (Parti nacionaliste basque) et Josu Estarrona (Euskal Herria Bildu), tous membres de l'intergroupe parlementaire pour la paix et la liberté du peuple sahraoui, voyageaient avec Barrio.

 

Carmelo Barrio a déclaré que l'intention des parlementaires était « de prendre contact avec les représentants du peuple sahraoui » et de parler avec les organisations des droits de l'homme, sans exclure une rencontre avec les autorités marocaines « si elles nous le demandent », car ils n’avaient pas eu de contacts préliminaires avec elles.

 

Le quotidien ABC a souligné l'évidence : « Ce n'est pas la première fois qu'un groupe de policiens espagnols est contraint de faire demi-tour sans même poser le pied sur le territoire sahraoui ; en fait, cela se produit presque systématiquement ».

 

Quelques jours plus tard seulement, le 10 décembre 2019, les autorités marocaines ont expulsé la journaliste portugaise et membre de la Fondation Sahara occidental, Isabel Lourenço, qui a été arrêtée à son arrivée à El Ayoun par des policiers non identifiés qui l'ont enfermée dans un hôtel et l'ont maintenue au secret en attendant son expulsion. Lourenço, journaliste du média en ligne Tornado, a affirmé qu'à aucun moment elle n'a caché le but de son voyage : rendre visite aux familles de divers prisonniers sahraouis condamnés par les tribunaux marocains, ajoutant que cela ne pouvait pas constituer « une menace pour l'ordre public », dont elle aurait été accusée pour justifier son expulsion.

 

Sous le titre « Une activiste et journaliste portugaise expulsée du Sahar »", Jesús Cabaleiro Larrán a rapporté sur le site Periodistas-es.com que le Bloco de Esquerda [Blocde gauche portugais] avait condamné ce qui s'était passé comme « un acte grave et inamical qui mérite notre plus ferme condamnation » et avait déjà présenté une question au Parlement portugais au gouvernement du Parti socialiste sur ce qui s'était passé, qu'il a exigé de condamner. Il faut rappeler - poursuit le journaliste précité - qu'en août dernier, un total de vingt-quatre organisations portugaises ont exhorté le gouvernement et les Nations unies à prendre des mesures « face à la vague de répression dans les zones occupées du Sahara occidental et à garantir au peuple sahraoui l'exercice de son libre droit à l'autodétermination ». Parmi les organisations signataires figuraient, entre autres, le Conseil portugais pour la paix et la coopération (CPPC), la Confédération générale des travailleurs portugais - syndicat national (CGTP-IN), le Mouvement démocratique des femmes (MDM) et l'Association d’amitié Portugal-Sahara occidental (AAPSO). Il ne faut pas oublier que l'actuel secrétaire général des Nations unies et responsable de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso) est le Portugais António Guterres.

 

Le Maroc - a dénoncé Cabaleiro Larrán - expulse presque systématiquement du territoire sahraoui les journalistes qui ne sont pas favorables au « Sahara marocain » ( !), en le justifiant toujours par le même argument : « un agenda politique hostile au Maroc ». Dans de nombreux cas, la police ne permet même pas aux accusés de descendre de l'avion et les oblige à reprendre le même avion pour rentrer, comme cela s'est produit récemment avec les quatre parlementaires de l’autonomie basque de l'intergroupe "Paix et liberté pour le peuple sahraoui" appartenant au Parti populaire, au Parti nationaliste basque, à Podemos et à EH Bildu.

 

Avec Isabel Lourenço, ce sont désormais 43 étrangers qui ont été expulsés du territoire sahraoui par les autorités marocaines en 2019. Selon le quotidien El Pais (1/12/2019), « en 2016, la dernière année pour laquelle des chiffres officiels sont disponibles », les autorités marocaines ont expulsé 93 personnes au total lorsque celles-ci ont tenté d'entrer au Sahara [occidental occupé] ou lorsqu'elles y étaient déjà entrées. En aucun cas, le ministère espagnol des Affaires étrangères - jusqu'à très récemment dirigé par Josep Borrell - n'a dit quoi que ce soit, ni déposé de plainte auprès du Maroc, ni demandé des explications au régime marocain.  Selon l'agence de presse sahraouie SPS, depuis janvier 2014, le Maroc a interdit l'entrée dans les territoires occupés à 274 personnes de 20 nationalités (personnalités politiques, observateurs indépendants, journalistes, juristes, etc).

 

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La Conférence internationale de soutien et de solidarité avec le peuple sahraoui (EUCOCO)

 

Ce n'est pas un hasard si la presse "établie" a gardé le silence - c'est-à-dire frustré l’opinion – sur la tenue, à Vitoria-Gasteiz (22-23 novembre), de la 44ème  édition de la Conférence internationale de soutien et de solidarité avec le peuple sahraoui (EUCOCO), qui se tient sans interruption depuis 1975, chaque année dans une ville européenne différente. 1975 est l'année du début du "conflit" au Sahara occidental, c'est-à-dire du début de l'invasion marocaine, de la signature des accords illégaux de Madrid et de la remise du territoire sahraoui et de sa population au Maroc (et à la Mauritanie) par le dernier gouvernement de la dictature franquiste (Mémoire historique !).

 

Bien que l'acronyme "Conférence européenne" (EU) soit toujours utilisé, les éditions successives de l'EUCOCO ont, depuis des années, une dimension internationale, avec la participation d'organisations et de personnes des cinq continents, mais avec une plus grande présence de participants européens. Des représentants des gouvernements qui reconnaissent la République arabe sahraouie démocratique (RASD), des députés nationaux et européens et d'autres élus, des gouvernements des régions autonomes, des délégations et des municipalités espagnoles, des organisations politiques et syndicales, des associations d'amitié avec le peuple sahraoui et des ONG en général, participent chaque année à cet événement obligatoire de solidarité. Le peuple sahraoui, représenté par ses autorités gouvernementales, ainsi que les ambassadeurs et les délégués, participe également au plus haut niveau. L'EUCOCO est sans doute la plus importante réunion annuelle du Mouvement de Solidarité Internationale avec le peuple sahraoui. La devise de cette année était : « 1975-2019, 44 ans de lutte pour l'Indépendance et la décolonisation du Sahara occidental, garantie de la paix et de la stabilité dans la régione. 44 ans, c'est plus que ce que nous, Espagnols, avons dû endurer pendant les temps gris et amers de la dictature de Franco. Cela, à ceux d’entre nous qui, malgré tout, ont pu survivre à ces temps de détresse, peut donner une idée, toutes proportions gardées, de ce que les Sahraouis (anciens citoyens espagnols) endurent et souffrent, mais dans des circonstances et des conditions bien pires que les nôtres, sans aucun point de comparaison.

 

La 44ème réunion de l'EUCOCO a réuni plus de 400 représentants de différents pays et a de nouveau désigné l'Espagne et la France comme des acteurs clés dans la recherche d'une solution juste et définitive au processus de décolonisation du Sahara occidental, par la tenue du référendum d'autodétermination et le strict respect des résolutions de l'ONU et de l'Union africaine (Mundiario, 24/11/2019).

 

Dans la déclaration finale, l'EUCOCO demande à l'Espagne de dénoncer les accords de Madrid du 14 novembre 1975 (par lesquels le Maroc prétend justifier son occupation du Sahara occidental, bien qu'il ne les ait pas respectés, en occupant également la « partie mauritanienne ») et d'accorder un statut diplomatique au Front Polisario en tant que représentant unique et légitime du peuple sahraoui, et de « lui fournir l'assistance politique et humanitaire nécessaire pour défendre les droits et les intérêts des Sahraouis ».

 

Se référant à la France et à son rôle dans le conflit, la plateforme internationale de soutien au peuple sahraoui désigne directement le gouvernement français comme « le principal obstacle à toute solution conforme au droit international, tant au sein du Conseil de sécurité des Nations unies que dans l'Union européenne ». Elle demande donc au gouvernement français une nouvelle position qui pourrait « contribuer à la solution de ce conflit et ainsi aider à construire un Maghreb uni entre des partenaires libres et égaux ».

 

Dans le cadre des institutions européennes, « le Mouvement de solidarité avec le peuple sahraoui rappelle à la Commission européenne et à son nouveau Haut représentant pour la politique étrangère, Josep Borrell, leur obligation de respecter les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne (TJUE) et de reconnaître le Front Polisario comme le seul représentant du peuple sahraoui, légitimé à négocier des accords de coopération.

 

Tout en se félicitant des progrès réalisés au sein de l'Union africaine (UA) « dans le but de mettre fin à l'occupation coloniale du Sahara occidental par le Maroc », l'EUCOCO reconnaît la situation délicate de l'ancienne 53ème province espagnole  et appelle le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, et la Haute Commissaire des Nations Unies aux droits humains, Michele Bachelet, à prendre les mesures appropriées pour que la MINURSO tienne ses promesses et étende son mandat à la surveillance du respect des droits humains de la population sahraouie.

 

Outre les représentants des institutions basques, des délégations d'Afrique du Sud, d'Algérie, du Brésil, de Belgique, d'Espagne, de France, de Panama, de Pologne, du Portugal, de Suède et de Suisse ont participé à cette 44ème  conférence. La délégation sahraouie, conduite par le Premier ministre de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) de l'époque, Mohamed Elouali Akeik, comprenait plusieurs ministres, parlementaires, membres d'organisations sociales et militants des zones occupées.

 

 

 

"Non à la violence contre les femmes saharouies", lors de la 447ME EUCOCO

 

Comme nous l'avons déjà mentionné, ce qui a commencé il y a 44 ans comme une conférence européenne a depuis longtemps acquis un caractère international, étant devenu une réunion essentielle pour évaluer le travail de soutien, pour projeter des plans d'action dans différents domaines (politique, juridique, institutionnel), pour rendre visible la situation dans les zones occupées et pour élargir la solidarité internationale avec la lutte du peuple sahraoui.

 

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Le 15ème  congrès du Front Polisario

 

Tenu dans la localité sahraouie libérée de Tifariti, entre le 19 et le 25 décembre 2019, le 15ème  congrès du Front Polisario s'est réuni en mémoire du diplomate sahraoui et ancien représentant du Front Polisario à l'ONU, Boukhari Ahmed Baricalla, sous le thème : « Lutte, persévérance et sacrifice pour la pleine souveraineté de l'État sahraoui ».

 

Si les premiers congrès avaient porté sur les objectifs de la guerre de libération et la consolidation du Front Polisario, et les suivants sur la consolidation de l'État sahraoui et son implantation sur le continent africain , ce 15ème Congrès a été particulièrement pertinent en raison des nouvelles décisions prises pour l'avenir de la cause sahraouie, en fusionnant la diplomatie et la belligérance et en apportant une nouvelle énergie pour repenser le processus de paix. En effet, les résolutions successives du Conseil de sécurité des Nations unies et les décisions et arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) n'ont guère été appliquées efficacement à ce jour et la communauté internationale semble indifférente à la paralysie du processus de décolonisation. Il s'agissait donc de donner un nouvel élan et une dimension plus belliqueuse aux négociations sous la tutelle de l'ONU, qui restent bien enkystées. C'est pourquoi l'objectif principal du Congrès était de trouver des moyens de sortir de l'impasse.

 

 

 

Les participants à ce 15ème  Congrès, plus de 2 400 délégués, ont analysé les meilleures options pour poursuivre la lutte pour la libération du peuple sahraoui, réaffirmant leur attachement à l'exercice du droit à l'autodétermination et à l'indépendance, rejetant catégoriquement toute atteinte à ces droits légitimes, tels qu'ils sont énoncés dans la déclaration finale.

 

Des délégations étrangères (plus de 400 participants) d'Afrique, d'Europe, d'Amérique et du Japon ont pris part aux travaux et ont envoyé un message clair au monde entier, à savoir que la cause sahraouie appelle toutes les institutions et organisations internationales à défendre le droit du peuple sahraoui à la liberté et à l'indépendance et à poursuivre la lutte jusqu'à ce qu'il soit obtenu.

 

Le Congrès a exprimé son plein soutien à la décision prise par le Front Polisario - suite à la résolution du Conseil de sécurité S/RES/2494 (2019) du 30 octobre 2019 - concernant le réexamen de sa participation au processus de paix sous les auspices des Nations unies. « Le peuple sahraoui ne tolérera pas la situation actuelle de blocus ni la transformation de la MINURSO en protecteur (et instrument) de légalisation de la colonisation », ont averti les délégués, insistant sur la pleine souveraineté du peuple sahraoui sur l'ensemble du territoire de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), conformément aux résolutions internationales, notamment celles de la Cour internationale de justice de La Haye et des tribunaux européens, ainsi qu'aux résolutions des Nations unies et de l'Union africaine.

 

Les pays africains ont réitéré leur appel à la nécessaire décolonisation de la dernière colonie en Afrique et leur soutien ferme au peuple sahraoui dans sa lutte. Les délégations des pays européens, pour leur part - en particulier celles de la France, de l'Espagne, de l'Allemagne et de l'Italie - ont envoyé un message clair à leurs gouvernements respectifs pour qu'ils cessent de soutenir l'occupant marocain, « principal responsable de la détérioration de la sécurité dans la région ». Ils ont souligné la nécessité d'intensifier la solidarité avec la cause sahraouie afin de mettre un terme aux violations perpétrées depuis plus de 40 ans contre le peuple du Sahara occidental et au pillage de ses ressources naturelles.

 

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Dans son discours au Congrès, Brahim Ghali, président de la République sahraouie et secrétaire général du Front Polisario, a déclaré que l'impasse actuelle est le produit de la politique d'intransigeance et d'obstruction systématique - par l'État occupant marocain - à la mise en œuvre de la Charte des Nations unies et des résolutions de l'ONU, et qu'il existe avant tout un droit à l'indépendance du peuple sahraoui, comme de tous les peuples et pays coloniaux. Malgré le fait que la Charte et les résolutions de l'ONU exigent l'organisation d'un référendum d'autodétermination, le Maroc occupe illégalement le Sahara occidental depuis 1975, ce qui entrave le processus de décolonisation de la dernière colonie africaine. La stagnation du conflit et le statu quo actuel remettent en cause la légalité internationale, favorisent la violation des droits humains dans les territoires occupés et encouragent le pillage des ressources naturelles du peuple sahraoui.

 

Il y a eu plus de quatre décennies d'attente, dont 28 ans dans un processus de paix théorique. Et la patience est à bout. Brahim Ghali, l'a exprimé ainsi : « Après plus de vingt-huit ans depuis la signature de cet accord de cessez-le-feu entre le Front Polisario et le Maroc, l'ONU n'a pas été en mesure d'atteindre l'objectif principal de cet accord, qui est d'organiser un référendum d'autodétermination où le peuple sahraoui décide librement de son avenir ». (...) « Nous sommes un peuple pacifique qui attend depuis 28 ans une solution pacifique au conflit », mais « les retards marocains et le fait que le Conseil de sécurité [de l'ONU] n'assume pas ses responsabilités, nous ont obligés à réfléchir à d’autres moyens de recouvrer nos droits ».

 

Le président de la RASD a également affirmé que le peuple sahraoui n'acceptera aucun nouveau retard dans le processus de paix et qu'il rejette la perpétuation de l'occupation marocaine, soulignant que « le peuple sahraoui mène une guerre qui ne prendra fin qu'avec la libération de notre pays par l'utilisation de tous les moyens disponibles dans le cadre de la légalité ». Il a appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités en exigeant l'application de la Charte et des résolutions des Nations unies et en faisant respecter le droit à l'autodétermination et à l'indépendance, qui ne sont pas négociables. Il a rappelé que le Front Polisario utilisera tous les moyens permis par le droit international pour imposer les droits du peuple sahraoui et a exhorté le Secrétaire général des Nations unies à nommer d'urgence un nouvel envoyé pour compléter les efforts de son prédécesseur - l'ancien président allemand Horst Köhler - dans le processus de décolonisation de la dernière colonie en Afrique. Selon divers médias, la reprise de la lutte armée n'est pas exclue.

 

Le Congrès a salué la position indéfectible de l'Union africaine (UA) sur le droit du peuple sahraoui et a appelé cette organisation panafricaine à veiller à l'application de ses statuts, en particulier les clauses relatives aux frontières héritées de la colonisation, à faire pression sur le Royaume du Maroc pour qu'il se conforme aux principes et objectifs de la charte fondatrice de l'UA et à se retirer des territoires sahraouis occupés depuis 1975.

 

Concernant l'Union européenne (UE), le Congrès s'est félicité des décisions successives de la Cour européenne de justice (CEJ) sur le Sahara occidental (décembre 2016 et février et juillet 2018), appelant les nouveaux dirigeants élus par le Congrès à poursuivre la bataille devant la Cour européenne pour défendre la souveraineté du peuple sahraoui sur ses ressources naturelles.

 

Dans sa déclaration finale, le Congrès a rappelé la responsabilité historique du gouvernement espagnol envers le peuple sahraoui et a regretté le soutien à l'occupant marocain de certains pays au Conseil de sécurité, la France en particulier, qui a retardé le processus vers un référendum d'autodétermination, et a réitéré l'attachement du peuple sahraoui à sa souveraineté sur tout son territoire national, à laquelle il ne renoncera jamais.

 

Brahim Ghali a été réélu secrétaire général du Front Polisario pour les quatre prochaines années, à la majorité absolue, avec plus de 86% des voix, conformément aux dispositions des statuts du Front Polisario. Les 25 membres (dont six femmes) du Secrétariat national ont également été élus. Ils ont tous prêté serment à la fin du Congrès.

 

La déclaration finale constitue la feuille de route qui marquera l'orientation politique du Front pour la prochaine période. Les dirigeants nouvellement élus doivent maintenant préciser la procédure détaillée pour la mise en œuvre et le développement des recommandations des délégués. Ils devront également prendre les mesures appropriées pour relancer et promouvoir la mission principale pour laquelle la MINURSO a été créée, le référendum d'autodétermination du peuple du Sahara occidental, et pour s'assurer qu'elle se voie accorder toutes les prérogatives des missions de paix internationales de l'ONU. Tout au long des travaux du Congrès, il a été souligné à plusieurs reprises que la MINURSO devrait s'engager à protéger les droits humains dans les territoires sahraouis occupés et à œuvrer pour mettre fin au pillage des ressources naturelles du peuple sahraoui.

 

Le Front Polisario a réaffirmé qu'il « ne sera jamais un acteur » dans une opération qui ne respecte pas le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance, demandant une fois de plus que la communauté internationale assume ses responsabilités en exigeant l'application de la Charte et des résolutions pertinentes de l'ONU « et évite les prétentions expansionnistes marocaines et leurs conséquences pour la stabilité et la paix dans la région ». xxx

 

« Trop de reculs »

 

Pendant ce temps, et malgré le silence du gouvernement espagnol, le Maroc a continué à envahir les côtes espagnoles, en Méditerranée et dans l'Atlantique, avec des centaines de débarquements et de nouvelles tragédies dues à des naufrages. Ainsi, une fois de plus, il n'a pas respecté les prétendus accords conclus avec les autorités espagnoles et communautaires pour contrôler ces flux migratoires en échange d'argent de l'Espagne et de l'Union européenne, le silence de pierre du gouvernement espagnol sur les violations continues des droits de l'homme au Sahara occidental et le soutien tristement célèbre à la prétendue annexion illégale et illégitime du territoire saharien par le Maroc.

 

Le gouvernement espagnol reste également silencieux lorsque le gouvernement marocain, profitant de la situation politique complexe en Espagne - comme l'a fait Hassan II lors de la "marche verte" - étend unilatéralement sa juridiction sur les eaux territoriales des îles Canaries  et cherche également à s'approprier les eaux adjacentes du Sahara occidental, en violation du droit international. Et pendant que les fonctionnaires espagnols se battent à Bruxelles pour obtenir de l'UE le versement au Maroc de 400 millions d'euros « pour le contrôle de l'immigration" ».., le gouvernement espagnol attend que le gouvernement marocain achète à l'Espagne deux navires militaires pour environ 260 millions d'euros, une opération « qui n’attend plus que la signature du roi Mohamed VI »...

 

Il faut rappeler que le Maroc dispose de moyens suffisants et d'une technologie adéquate pour contrôler son littoral internationalement reconnu, et que s'il ne le fait pas, c'est pour faire pression et du chantage sur le gouvernement espagnol et l'UE. Il n'y a pas d'autre explication au fait qu'il ouvre ou bloque la sortie des pateras quand cela convient, pour nous rappeler « qui commande ici », et en même temps, maintient une forte surveillance et fait des dépenses exorbitantes pour l’entretien du mur militaire miné de plus de 2.700 km qui traverse et divise tout le Sahara Occidental illégalement occupé. Et « alors que les Marocains émigrent massivement, le Maroc fait une démonstration de luxe royal en mer » (Ignacio Cembrero).

 

Il est évident que la tâche n'est pas facile du tout pour les responsables et fonctionnaires espagnols, car il y a déjà eu « trop de reculs » - comme Santos Juliá a intitulé son dernier livre - et trop de concessions au monarque alaouite. Mais le moment est peut-être venu d'envisager une « deuxième conférence de Berlin », étant donné que les migrants ne viennent pas seulement du Maroc et du Maghreb, mais aussi d'Afrique subsaharienne. Et maintenant que M. Borrell est à la tête de la politique étrangère de l'UE, peut-être pourrait-il faire un effort pour changer le logiciel et pour ancrer cette idée parmi ses collègues européens des puissances qui ont divisé l'Afrique lors de la Conférence de 1884-1885. Si à l'époque, elles ont été "capables" de se mettre d’accord sur la division du continent africain avec l’équerre et le cordeau le pillage de ses ressources et l'asservissement de ses populations, il ne devrait y avoir aucun problème aujourd'hui pour parvenir à un grand accord commun entre l'Europe "civilisée" et les pays et territoires africains anciennement colonisés, afin de réparer dans une certaine mesure les dommages causés et de contribuer à la création de richesses, à la démocratie, au respect des droits humains et à l'emploi dans ces pays et territoires, de sorte qu'il serait inutile de quitter le pays d'origine sur une patera pour mourir sur le chemin du continent européen. Les réflexions du professeur Sami Naïr ("Réfugiés", "Humanité migrante") pourraient certainement être d'une grande aide pour esquisser cet ambitieux projet qui reste à lancer.

 

Il est également temps que le nouveau gouvernement espagnol cesse d'être silencieux et soumis, et commence à exiger effectivement le respect du droit international de son "partenaire stratégique" tant vanté. Comme le souligne le site PiensaChile, « la politique expansionniste du Maroc est une conséquence directe du manquement de l'Espagne à sa responsabilité juridique et historique envers le Sahara occidental ». Un Sahara occidental indépendant, la RASD, amie d'une Espagne qui assume ses responsabilités internationales, sera la meilleure garantie de sécurité et de tranquillité pour les Canaries et ses habitants. « Faire de nouvelles concessions de la part du gouvernement espagnol ne fera qu'encourager le Maroc à persister dans l'expansionnisme de son aventure coloniale » (Mohamad Jadad). Bien que le professeur Françesc de Carreras ne l'ait pas écrit explicitement dans son récent article "La Catalogne et le droit à l'autodétermination", il faut le dire haut et fort, une fois de plus : si quelqu'un a aujourd'hui le droit à l'autodétermination, légalement et internationalement reconnu - mais pas encore exercé - c'est bien le peuple sahraoui. Il n'est pas nécessaire d'aller aussi loin, M. De Carreras, et de donner l'exemple du Kenya colonial britannique, alors qu’on a si près de nous le Sahara occidental et le peuple sahraoui, soumis illégalement à une colonisation marocaine brutale.

 

Il y a soixante ans, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté (le 14 décembre 1960) la "Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux" - résolution 1514 (XV) -, proclamant : « la soumission des peuples à la soumission, à la domination et à l'exploitation étrangères constitue un déni des droits fondamentaux de l'homme, est contraire à la Charte des Nations unies et fait obstacle à la cause de la paix et de la coopération mondiales », et reconnaissant le droit de ces peuples à l'autodétermination et à l'indépendance.  

 

Il serait souhaitable que des universitaires, historiens, juristes et autres spécialistes des sciences sociales remplissent leur rôle privilégié auprès de la société, de l'histoire et de la justice en promouvant et en défendant la juste cause du peuple sahraoui.

 

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