Sahara Occidental : Le Maroc "joue la carte de l’Iran" pour obtenir le soutien américain

Washington, 19 sept 2018 (SPS) Le Maroc " joue la carte de l’Iran " pour obtenir le soutien des Etats-Unis sur la question du Sahara Occidental, relève le site américain al-Monitor mettant en exergue l’opportunisme politique de Rabat qui tente de fléchir la position des Etats- Unis sur ce dossier via son lobby israélien à Washington.

"Le Maroc profite de l'attitude belliciste de l'administration Trump à l'égard de l'Iran pour faire valoir ses revendications sur le (territoire) contesté du Sahara occidental", écrit al Monitor dans un article paru mardi au lendemain de la visite du ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita à Washington.

En accusant l’Iran d’armer le Front Polisario, "Rabat espère convaincre Washington de renoncer à son soutien de longue date au référendum sur l’indépendance de ce territoire occupé, riche en ressource naturelles", écrit Bryant Harris, l’auteur de l’article.

Pour illustrer cet opportunisme politique, dont fait preuve Rabat, al-Monitor cite les propos tenus par le chef de la diplomatie marocaine au site de l’extrême droite, Breitbart News dans lesquels il ne cache pas la volonté du Maroc de tirer parti de la crise entre Téhéran et Washington.

"Nous avons une opportunité avec cette administration. Nous devons faire bouger les choses. Nous avons également une opportunité car ils (les Etats-Unis) sont clairs sur leur position concernant l’Iran", a Bourita à Breitbart News.

Réagissant, pour sa part, à ses accusations mensongères, Mouloud Said, le représentant du Front Polisario à Washington a déclaré à al-Monitor que le Maroc a " inventé ce mensonge " pour tirer profit du retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire iranien et aussi pour faire plaisir à ses alliés sunnites.

"Ils ont essayé auparavant, Ils ont essayé de dire que nous étions des communistes. Cela n'a pas fonctionné. Ensuite, ils ont dit que nous faisions partie d'Al-Qaïda et ça n'a pas marché ", a indiqué M. Mouloud Said.

Le site américain relève que ni le rapport le plus récent sur la lutte contre le terrorisme du département d’Etat ni celui du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara Occidental ne mentionnent l’existence de liens entre le Front Polisario et le Hezbollah. Bourita a faussement accusé le parti chiite libanais d’avoir mis en place en 2016 un comité de solidarité avec le Front Polisario.

Al-Monitor a indiqué avoir suscité la réaction du département d’Etat sur ces accusations mais ce dernier  l’a prié de s’adresser au gouvernement marocain qui a colporté ces allégations.

Il tient à relever que le recours du Maroc aux médias américains pro-israéliens de l’extrême droite, proches du président Trump et de son entourage politique, suggère l’existence "d’une stratégie délibérée " pour exercer une influence sur l’administration actuelle.

Al Monitor fournit une preuve à l’appui de son affirmation : l’entretien accordé par Bourita au site Breitbart News a été mené par Caroline Glick, ancienne conseillère du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Ancienne éditorialiste à Jerusalem Post, Caroline Glick a rejoint Breitbart News en janvier dernier. Elle est actuellement considérée comme l'un des plus importants relais médiatiques du Maroc à Washington, selon Al-Monitor.

En mai dernier, Glick a publié un article appelant les Etats-Unis à "soutenir le Maroc contre l’Iran" alléguant que l’attaché culturel de l’ambassade d’Iran à Alger, Amir Moussavi s’activait pour apporter un soutien militaire au Front Polisario, rappelle Al-Monitor.

Dans son entretien avec le MAE marocain, la chroniqueuse israrélo-américaine a indiqué détenir un document détaillant les contacts présumés du Front Polisario avec le Hezbollah au Liban et en Algérie, qui lui a été remis par les autorités marocaines.

L’éditorialiste n’a pas rendu public ce document et l’ambassade du Maroc à Washington a argué qu’elle n’en disposait pas d’une copie, quand elle a été contactée par Al-Monitor pour vérifier ces allégations de manière indépendante.

Le rôle actif du lobby pro-israélien a été  clairement illustré par le soutien apporté au Maroc par Dore Gold, ancien directeur général du ministère des Affaires Etrangères israélien, et actuel président du centre al-Qods pour les affaires publiques, qui en mai dernier a largement fait écho des allégations de Rabat.

Aux Etats-Unis, le rapprochement du Maroc avec des médias de l’extrême droite, comme Breitbart News, réputé pour son racisme assumé et revendiqué, intervient dans le cadre d’une large restructuration de ses réseaux de lobbying à Washington, opéré fin de l’année dernière. Rabat a ainsi remplacé son lobbyiste en chef, le démocrate Edward Gabriel par le républicain James Christoferson.

Selon des formulaires de déclarations examinés par Al-monitor, Christoferson a rencontré Victoria Coates, ancien membre de l’équipe du candidat républicain Ted Cruz qui siège au Conseil de la sécurité nationale de la Maison Blanche (NSC).

Christoferson a eu également un appel téléphonique avec le conseiller aux affaires législatives de Trump, Paul Teller, et passé beaucoup de temps à faire du lobbying auprès du bureau de l’ancien président de la commission des appropriations de la Chambre des représentants, Hal Rogers, et dont le groupe de consultants privilégie depuis longtemps les intérêts marocains dans les territoires sahraouis occupés. (SPS)

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