L'UE doit prendre des "mesures immédiates" pour respecter les décisions de sa justice (eurodéputés)

Bruxelles, 7 juin 2018 (SPS) Les participants à la conférence interparlementaire "l'UE et le Sahara occidental: après les arrêts de la Cour européenne de justice (CJUE)", organisée jeudi au Parlement européen à Bruxelles, ont exhorté l'Union et ses Etats membres à prendre des "mesures immédiates" pour respecter ces arrêts et contribuer à la résolution du conflit.

"Il faut que l'UE respecte les décisions de sa propre justice", a plaidé l'eurodéputé Florent Marcellesi lors de cette conférence organisée à l'initiative de quatre groupes politiques, à savoir l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), le groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) et le groupe des Verts/Alliance libre européenne.

Condamnant la présence d'entreprises européennes au Sahara occidental occupé, ce député européen a appelé la Commission européenne à expliquer la base juridique qui a permis de réaliser plus de 90 % des captures près des côtes du Sahara occidental, alors que la CJUE a jugé que l'accord de pêche UE-Maroc n'est pas applicable à ce territoire et à ses eaux adjacentes.

Le président du Parlement Sahraoui, Khatry Addouh a regretté l'attitude de l'UE qui "s'obstine à conclure des accords avec le Maroc incluant le Sahara occidental", alors que la Cour européenne de justice a conclu, à deux reprises, que les accords UE-Maroc ne sont pas applicables au Sahara occidental.

Il a appelé, à ce propos, l'UE et ses Etats membres à "s'abstenir de cautionner la stratégie du Maroc visant à impliquer la communauté internationale dans l'occupation du Sahara occidental".

Selon le président du Parlement sahraoui, l'approche adoptée par la Commission européenne "entravera les efforts de l'envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies" au Sahara occidental, Horst Kohler pour le règlement du conflit.

"Les arrêts de la CJUE sont contraignants même si certains veulent les relativiser", a affirmé, de son côté, l'eurodéputé Ivo Vajgl qui a estimé que l'UE ne doit pas renvoyer au Conseil de sécurité de l'ONU la responsabilité de la résolution du conflit au Sahara occidental.

Le député européen a pointé du doigt la France qui "rend toute solution au Sahara occidental impossible", exprimant sa désapprobation quant à la conduite de la Commission européenne qui négocie, actuellement, avec le Maroc pour inclure le Sahara occidental dans leurs accords commerciaux.

L'avocat du Front Polisario, Gilles Devers, a estimé, de son côté, que la Commission européenne est "sous l'emprise de la France" qui manoeuvre pour contourner les arrêts de la Cour européenne de justice.

Cependant, il a estimé que la victoire du Front Polisario, est "inéluctable" parce qu'elle est fondée sur le droit international.

Regrettant l'attitude de son pays, l'Espagne, qui n'a pas assumer ses responsabilités dans le conflit au Sahara occidental, l'eurodéputée Paloma Lopez a appelé les participants à la conférence à se mobiliser pour faire entendre la voix du peuple sahraoui et de son représentant légitime, le Front Polisario.

La ministre sud-africaine chargée du développement de la petite entreprise, Lindiwe Zulu a réitéré, à l'occasion, la position de son pays à l'égard de l'exploitation illégale des ressources naturelles du Sahara occidental, condamnant cette pratique.

Elle a mis l'accent également sur l'impératif de permettre au peuple du Sahara occidental d'exercer son droit à l'autodétermination, estimant que les dernières décisions de la CJUE constituent des "victoires majeurs" dans la lutte des Sahraouis pour leur indépendance.

Pour sa part, le président de l'Observatoire des ressources naturelles au

Sahara occidental (WSRW), Erik Hagen, a exhorté l'UE à exclure, expressément, le Sahara occidental du champ d'application de ses accords avec le Maroc comme l'ont déjà fait plusieurs pays dont les Etats-Unis, la Norvège et la Suisse.

L'activiste sahraoui, Mahdjoub Meliha a appelé le Conseil et le Parlement européens à rejeter tout accord UE-Maroc qui inclut  le Sahara occidental sans le consentement du représentant légitime de son peuple, le Front Polisario.

L'assistant parlementaire de l'eurodéputé français, Jean-Paul Lecoq a annoncé l'organisation le 22 juin prochain au Parlement français d'une conférence visant à mettre en place un réseau international des parlementaires amis du Sahara occidental.(SPS)

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