Sahara Occidental en 2017: les autorités marocaines ont eu recours à une "force excessive injustifiée"

Londres, 22 fév 2018 (SPS) Durant l’année 2017, les autorités marocaines ont eu recours à une "force excessive injustifiée" contre la population du Sahara Occidental qui revendiquait son droit à l’autodétermination et à la justice, a affirmé le dernier rapport annuel d’Amnesty International (AI) sur la situation des droits de l’Homme dans le monde, publié jeudi.

"Tout au long de l’année, les autorités ont régulièrement eu recours à une force excessive et injustifiée pour disperser des manifestants pacifiques dans plusieurs villes du Sahara occidental, notamment à El Aaiun, Smara, Boujdour et Dakhla", a souligné le rapport.

Le document a précisé que "celles et ceux qui réclamaient l’autodétermination de ce territoire et la libération des prisonniers sahraouis étaient tout particulièrement visés par cette pratique".

Rappelant qu’en avril, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), le rapport relève que le volet concernant la surveillance de la situation en matière des droits de l’Homme n’a pas été inclus dans ce nouveau mandat.

Et c’est ainsi qu’en toute "impunité" que "plusieurs manifestants, blogueurs et militants ont été emprisonnés, souvent à l’issue de procès iniques sur la base d’accusations forgées de toutes pièces", a noté AI qui présente plusieurs cas.

Le rapport cite le cas du blogueur sahraoui, Walid El Batal, qui a purgé une peine de 10 mois de prison assortie d’une amende sur la base d'"accusations fallacieuses", et celui du militant sahraoui, Hamza El Ansari, jugé coupable et condamné à un an de prison, sur la base de "fausses accusations".

Aucune enquête n’a été menée sur "leurs allégations selon lesquelles des policiers les auraient maltraité et forcé à signer une déclaration les yeux bandés", a précisé le rapport.

Il a souligné qu’en 2017 encore, "les tribunaux ont retenu à titre de preuve à charge, des déclarations faites en détention en l’absence d’un avocat, sans enquêter en bonne et due forme sur les allégations selon lesquelles ces déclarations auraient été arrachées sous la torture et d’autres mauvais traitements".

Le rapport annuel d’AI revient sur le cas des 23 prisonniers politiques du groupe des Gdeim Izik et sur leur condamnation en juillet 2017 à de lourdes peines, dont certaines de réclusion à perpétuité, par un tribunal civil, après un "procès manifestement inéquitable".

"Le tribunal civil n’a pas véritablement enquêté sur les allégations de torture de ces personnes en détention et a jugé recevables des informations extorquées par ce moyen", a rappelé Amnesty.

L’ONG a souligné également les conditions carcérales non conformes aux normes humaines et internationales, ajoutant que les autorités judiciaires marocaines "n’ont pas enquêté sérieusement sur les tortures et les mauvais traitements que les policiers leur ont fait subir, ni amené les responsables présumés à rendre des comptes".

"Les autorités ont maintenu plusieurs personnes en détention prolongée à l’isolement, ce qui s’apparentait à de la torture ou à d’autres mauvais traitements. Un prisonnier, Ali Aarrass, a été détenu à l’isolement pendant plus d’un an", a affirmé le rapport.

Il a attesté également que les autorités marocaines n’ont pris aucune mesure pour remédier à l’impunité dont bénéficiaient les auteurs de "graves violations, notamment, la pratique systématique de la torture, les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires, perpétrées au Maroc et au Sahara Occidental ...".

Le rapport a conclu qu’il est "urgent" que la force de maintien de la paix de l’ONU au Sahara occidental surveille la situation des droits de l’Homme. (SPS)

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