Les violations des droits de l'Homme au Sahara occidental occupé dénoncées

Bruxelles, 20 fév 2018 (SPS) Des syndicats internationaux et députés européens ont dénoncé lundi à Bruxelles les violations des droits de l'Homme au Sahara occidental occupé, notamment ceux des travailleurs, et condamné le pillage des ressources naturelles de ces territoires par le Maroc.

Lors d'une conférence organisée au Parlement européen sur le thème "Syndicalistes et solidarité avec le Sahara occidental", les participants ont exprimé leurs inquiétudes face à la persistance de la violation "en toute impunité" des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés.

"Les arrestations, les tortures, les procès et les détentions arbitraires, les disparitions, les intimidations sont des pratiques courantes dans les territoires occupés", a affirmé le syndicaliste sahraoui de l'Union générale des travailleurs de Sakiet el Hamra et Oued-Edhahab (UGTSARIO), Abida Uld Alamin Bachir.

Selon ce syndicaliste, les travailleurs sahraouis dans les territoires occupés ne bénéficient d'aucune protection juridique et la détérioration des conditions de vie, de travail, d'éducation, d'hygiène et de droit au travail est constante.

"L'UE et notamment l'Espagne est complice" du Maroc dans ces violations, a-t-il soutenu, soulignant, à ce titre, que les violations des droits de  l'Homme dans le Sahara occidental occupé découlent directement de la non-organisation du référendum d'autodétermination.

Abida Uld Alamin Bachir a mis l'accent dans son intervention sur le pillage des ressources naturelles du Sahara occidental, affirmant que l'exploitation est "illégale" et "ne bénéficie nullement" au peuple sahraoui.

Abondant dans le même sens, le secrétaire général de l'UGTSARIO, Salama Brahim El Bachir  a dénoncé les violations par le Maroc des droits du peuple et travailleurs sahraouis, saluant la recommandation du Parlement espagnol qui a appelé le gouvernement à "rétablir les travailleurs sahraouis dans leurs droits".

De son côté, le syndicaliste Eddia Nafaa de la Confédération syndicale des travailleurs sahraouis (CSTS) a tenu le Maroc pour responsable des violations des droits de l'Homme au Sahara occidental, dénonçant les pressions exercées par les autorités d'occupation sur ces travailleurs.

Il a appelé, à ce titre, l'Espagne à assumer sa "responsabilité historique vis-à-vis des travailleurs sahraouis de Phosboucrâa".

Le vide juridique qui existe suite à la situation de l'occupation marocaine ainsi que les réticences de l'ONU à assumer pleinement ses responsabilités ont créé une situation où les violations continues du droit international par le Maroc ont conduit à la mise en place d'une discrimination totale contre les Sahraouis en général et contre les travailleurs en particulier, selon les syndicalistes.

Une remise en cause unilatérale en 1977 des droits contractuels des travailleurs sahraouis, définis par le règlement Phosboucrâa de 1962, alors que les travailleurs espagnols continuaient de bénéficier des droits acquis avant 1975, pose la question de la discrimination et de la violation du droit de "non-discrimination", garanti par bon nombre de textes du droit international, avaient expliqué des juristes.

 

                        ==Appel pour l'arrêt du pillage des ressources naturelles sahraouies==

Ce syndicaliste a lancé, en outre, un appel pour l'arrêt du pillage des ressources naturelles du Sahara occidental, plaidant pour la mise en place d'un mécanisme onusien de surveillance de l'exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental.

La syndicaliste espagnole Cristina Faciaben de l'organisation "Les Commissions ouvrières (CCOO)", une confédération syndicale espagnole, a appelé les différents syndicalistes internationaux présents à la conférence à mener des actions pour exiger des solutions aux problèmes des travailleurs sahraouis et faire pression sur l'UE afin qu'elle respecte l'arrêt de la CJUE qui souligne le statut "séparé" et "distinct" du Sahara occidental.

Il a préconisé, à ce propos, l'élaboration d'une feuille de route afin de permettre à la cause sahraouie de "gagner en visibilité".

Jesus Gallego de l'Union générale espagnole des travailleurs (UGT) a relevé pour sa part la "responsabilité historique, morale et légale" de l'Espagne vis-à-vis du peuple du Sahara occidental, estimant que son pays qui fait partie du comité des droits de l'Homme des Nations unies durant les deux prochaines années ne devrait "pas tolérer" les violations de ces droits dans les territoires occupés du Sahara occidental.

Le représentant d'un réseau euro-méditerranéen de défense des droits humains, Isaias Barrenada Bajo a dénoncé l'interdiction faite aux  observateurs internationaux par le Maroc d'accéder aux territoires occupés pour témoigner de la réalité sur le terrain.

"Le Maroc est encore loin du respect des normes en matière des droits de l'Homme", a-t-il soutenu, soulignant la nécessité d'exploiter les différents mécanismes des Nations unies sur les droits de l'Homme pour obliger le Maroc à respecter ces droits au Sahara occidental.

Jaap Wienen de la Confédération syndicale internationale (CSI) a jugé "scandaleux" que rien ne soit fait depuis l'arrêt de la CJUE rendu le 21 décembre 2016 qui affirme que les accords d'association et de libéralisation UE-Maroc ne sont pas applicables au Sahara occidental.

Il a indiqué, à ce titre, que son organisation plaide pour "une solution juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l'autodétermination du peuple sahraoui".

Philippe Denolle de la Confédération générale du Travail (CGT) France a souligné la nécessité d'exercer des pressions sur les entreprises, notamment les multinationales pour qu'elles cessent d'importer dans le marché communautaire des produits en provenance du Sahara occidental.

Les eurodéputés Paloma Lopez, Javier Couso et Miguel Viegas ont regretté, pour leur part,  les contradictions de la Commission européenne, rappelant que les institutions de l'Union "sont tenues de respecter non seulement le dispositif de l'arrêt (de la CJUE), mais également les motifs qui en constituent le soutien nécessaire, en ce sens qu'ils sont indispensables pour déterminer le sens exact de ce qui a été jugé dans le dispositif".

Ils ont souligné, à l'occasion, la nécessité de soutenir les efforts de la Minurso dans la région et faciliter l’organisation du référendum d’autodétermination au Sahara occidental. (SPS)

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