Sahara Occidental/ 2017: le lobbying du Maroc pour influencer la position des Etats-Unis accuse un échec

Washington, 04 jan 2018 (SPS) L’intense lobbying mené durant l’année 2017,  par le Maroc pour influencer la position des Etats-Unis sur la question  sahraouie a été marqué par un échec en dépit des sommes importantes  dépensées à Washington pour infléchir la politique américaine au Sahara  occidental.

Rabat a essuyé un nouveau revers diplomatique lorsque le Sénat a rejeté en  octobre dernier une disposition du budget fédéral américain pour l’année  2018 autorisant le Maroc à dépenser une aide financière des Etats-Unis au  Sahara occidental.

La mesure adoptée par le Congrès sur inspiration du lobby marocain au sein  de la Chambre des représentants revenait à reconnaître le Maroc comme puissance administrante dans les territoires occupés, mais se trouve en  contradiction avec la position de l’administration américaine qui a marqué  en 2016 son refus catégorique de mettre en œuvre cette disposition.

Il a fallu l’intervention du Sénat pour mettre en échec cette tentative de  dévier une position officielle constante de l’administration américaine.

Plus affirmative, la chambre haute du parlement américain a relevé dans le chapitre du budget relatif au financement des opérations du département  d’Etat à l’étranger que "rien de la présente loi ne pourra être interprétée  comme un changement de la politique des Etats-Unis au Sahara Occidental qui consiste à trouver une solution pacifique, durable et mutuellement  acceptable au conflit".

Rectifiant la disposition de la Chambre des représentants, le texte a  précisé que tout financement qui sera octroyé aux territoires sahraouis  occupés sera géré par la Mission pour l’organisation d’un référendum au  Sahara occidental (Minurso) en consultation avec le Sénat.

Il est on ne peut plus clair que sur ce dossier, le Sénat américain a  confirmé que les territoires sahraouis occupés sont sous la juridiction de l’ONU et non pas celle du Maroc.

Rabat qui espérait un changement dans la position américaine a misé, par  ailleurs, sur la nomination de l’universitaire Peter Pham, à la tête du Bureau Afrique du département d’Etat.

Peter Pham, un habitué du fil de l’agence de presse officielle marocaine  (MAP), connu également pour sa proximité avec Rabat, a été l’un des  prétendants à ce poste politique d’importance pour l’Afrique.

Mais le Lobby marocain a essuyé un deuxième revers diplomatique lorsque la  nomination de cet académicien, a été bloquée par le Sénat après les  objections formulées par le sénateur de l’Oklahoma, James Inhofe, qui avait  estimé que la position de Pham sur ce dossier était  "incompatible"  avec  la qualité de responsable au département d’Etat, selon des révélations de  hauts responsables américains, publiées l’été dernier par Foreign Policy.

L’influent sénateur et grand ami du Sahara Occidental a considéré que  l’administration américaine devait prendre une position plus ferme sur le  statut des territoires sahraouis occupés.

Après plusieurs mois de tergiversation, l’administration Trump a nommé en  septembre dernier, Donald Yamamoto à ce poste, un fin connaisseur de l’Afrique, selon plusieurs observateurs à Washington.

Au demeurant, la position américaine n’a pas changé d’un Iota à l’égard de  la question sahraouie malgré les multiples tentatives du Maroc de la faire  fléchir via son lobby au Congrès.

Le département d’Etat maintient toujours les territoires sahraouis dans sa  liste des dépendances et territoires à souveraineté spéciale, dont le  statut final reste à déterminer.

Agacés par l’absence de volonté de la part du Maroc de reprendre les  négociations, les Etats-Unis n’ont pas caché leur préoccupation de voir le  processus de paix bloqué et ont averti en avril, juste après le vote de la  résolution prorogeant le mandat de la Minurso, qu’ils allaient " surveiller  de près les progrès réalisés sur le terrain" dans un message à peine voilé  au Maroc.

Pour Washington les blocages dressés à la Minurso ont conduit le Conseil de sécurité à concentrer son débat sur "des détails opérationnels très  spécifiques" au lieu de s’intéresser à sa véritable mission qui consiste à  organiser un référendum d’autodétermination.

"Cette situation doit changer, les parties doivent laisser la mission faire son travail sans ingérence, et dans le respect de tous les accords  existants ", avait alors déclaré Michele J. Sison, l’ambassadrice adjointe  des Etats-Unis auprès de l’ONU.

Le même constat a été ensuite confirmé en novembre par l’exécutif  américain qui, dans un rapport adressé au Congrès, a affirmé que les  mesures de rétorsion imposées par le Maroc à la Minurso ont " eu comme  conséquence de compromettre le fonctionnement " de cette mission onusienne  en l’empêchant de s’acquitter de ses fonctions.

S’en est suivi, l’appel lancé par le Sénat américain à l’ambassadrice Nikki Haley à " engager le Conseil de sécurité à trouver une solution à ce  conflit ", vieux de plusieurs décennies. La chambre haute s’est dite " très  préoccupée " par le blocage du processus de paix au Sahara occidental.

Il importe de souligner qu’entre Washington et Rabat, les divergences  persistent encore sur le règlement de cette question de décolonisation. Les  Etats-Unis qui ont rendu public en 2017 une partie de leur correspondance  diplomatique relative à l’Afrique du Nord affirment que l’occupation des  territoires sahraouis par le feu Hassan II est " une annexion par la force."

Washington voit également d’un très mauvais oeil le fait que le Maroc ait sabordé les efforts de deux émissaires américains, Christopher Ross et  James Baker, en s’opposant également à la nomination d’un nouvel envoyé  personnel américain car jouissant du soutien du département d’Etat.

Le rendez-vous manqué du Roi Mohammed VI avec le président Trump à Miami en Floride en avril dernier, annoncé en grande pompe par la presse internationale et marocaine, illustre bel et bien ces divergences.  (SPS)

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