Situation des prisonniers sahraouis de "Gdeim Izik" : les députés européens expriment leur "profonde préoccupation"

Bruxelles, 11 déc 2017 (SPS) Les députés européens ont exprimé lundi leur "profonde préoccupation" face à la situation "critique" dans laquelle se trouvent les prisonniers politiques sahraouis du groupe dit de "GdeimIzik", exhortant l'Union européenne (UE) à prendre les mesures nécessaires pour que ces prisonniers puissent bénéficier d'une assistance médicale conformément aux règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus.

Dans une lettre adressée à la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, 26 députés européens de tous bords politiques ont exprimé leur "profonde préoccupation" face à la situation des prisonniers sahraouis du groupe de "Gdeim Izik", notamment celle de deux d'entre eux: Sidi Abdallahi Abbahah et Ahmed Sbaai, placés à l'isolement depuis le 4 décembre.

Les députés européens s'inquiétaient de la détérioration de l'état de santé de ces deux prisonniers sahraouis, notamment de celui d'Ahmed Sbaai, souffrant d'une maladie cardiaque chronique, et qui ne bénéficie d'aucune surveillance médicale.

"Nous vous exhortons, ainsi que l'Union européenne, à intervenir dans cette situation préjudiciable, en raison de la santé fragile de Sidi Abdallahi Abbahah et d'Ahmed Sbaai, afin que des soins médicaux appropriés, tels qu'établis dans le droit international humanitaire, leurs soient apportés", ont-ils demandé dans leur lettre.

Réclamant la libération des prisonniers politiques du groupe de "Gdeim Izik", les eurodéputés ont exprimé également leur "préoccupation" de l'état de santé de deux autres prisonniers sahraouis de ce groupe, Brahim Ismaili et Hassan Dah en "danger de mort", après plusieurs semaines de grève de la faim.

"Ce genre de torture et d'abus est devenu le modus operandi du Maroc avec les 19 prisonniers de Gdeim Izik", ont-ils dénoncé, soutenant que "la question de la santé (des prisonniers) est plus qu'inquiétante".

"(...) nous vous demandons de prendre des mesures à ce sujet", ont-ils exigé de la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, soulignant que "la situation de ces prisonniers politiques est critique".

"(...) ils sont totalement seuls, dans de petites cellules d'isolement (...) sans aucune couverture (...) et sont, en plus, torturés par les autorités pénitentiaires", ont-ils affirmé.

Selon ces eurodéputés, "la torture psychologique" dont souffrent les prisonniers sahraouis est "aggravée" par l'interdiction déjà faite à leurs familles de leur rendre visite en prison.

Les prisonniers politiques sahraouis du groupe de Gdeim Izik ont été condamnés, une nouvelle fois, en juillet dernier à de lourdes peines allant jusqu'à la perpétuité par la Cour d'appel de Rabat, confirmant les peines prononcées en 2013 par un tribunal militaire.

Ce procès est marqué par "de graves atteintes au droit à un procès équitable, notamment le non-respect de la présomption d'innocence, la prise en compte d’aveux signés sous la torture" et par "l'incapacité de l'accusation à apporter des éléments de preuves qui les relient aux homicides dont ils sont accusés", ont souligné les députés européens.

Rappelant que les 19 prisonniers politiques sahraouis ont été dispersés, le 16 septembre dernier,  dans 7 prisons au Maroc, les députés européens ont affirmé que le traitement réservé à ces prisonniers sahraouis par les autorités marocaines "viole les règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, les accords et les pactes internationaux ratifiés par le Maroc ainsi que la loi marocaine elle-même".

Lors d'une rencontre organisée au Parlement européen, fin novembre, Me Ingrid Metton, l'avocate française de l'un des prisonniers du groupe de Gdeim Izik, a affirmé que ces derniers ont subi de nombreuses violations depuis leur arrestation, parmi lesquelles des arrestations et détention arbitraires, tortures et mauvais traitements, violations du droit à un procès équitable par la justice militaire et notamment leur condamnation sur la seule base d’aveux obtenus sous la torture.

La députée européenne Paloma Lopez avait plaidé pour l'envoi au Maroc d'une mission de la croix rouge afin de s'enquérir de la situation et des conditions de détention des prisonniers politiques sahraouis  "victimes de tortures, de maltraitance", et de "nombreuses autres atteintes aux droits humains".(SPS)

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