Après le chantage, la tactique de l'embobinage

Après le chantage, la tactique de l'embobinage

par Kharroubi Habib

Mohamed VI s'est rendu compte que le chantage à l'égard de l'Union africaine ne vaut que camouflets cuisants à son pays dont le plus cuisant lui a été administré lors du sommet afro-arabe en septembre dernier par les Etats du continent qui outrés de se voir sommés par la délégation marocaine d'approuver sa protestation contre la présence à ces assises de la République arabe sahraouie démocratique l'ont unanimement et spectaculairement éconduite. D'où l'apparente volonté qu'il manifeste de vouloir respecter les conditions posées à son pays pour son adhésion au sein de l'organisation panafricaine dont celle de la reconnaissance de l'intangibilité des frontières héritées de l'ère coloniale qu'il remet en cause. Ce qu'il a voulu faire accroire en donnant instruction aux deux chambres du Parlement marocain de valider et ratifier l'acte constitutif de l'Union africaine comportant cette condition. 



Se faisant encore plus flexible, le souverain marocain a décidé de se rendre lui-même fin janvier à Addis-Abeba pour participer au sommet de l'UA pour défendre la demande d'intégration de son pays à l'organisation. Ce qui vaudra aux Marocains d'assister à ce que la propagande du Makhzen leur a toujours présenté comme ne devant jamais se produire à savoir leur roi prenant part à une réunion en présence du chef d'un Etat dont leur pays nie l'existence. Ils constateront en l'occurrence qu'elle leur a vendu du vent en leur faisant croire que le retour du Maroc au sein de l'Union africaine se fera à ses conditions. 



Mais l'attitude pour laquelle le roi et sa diplomatie ont opté ne signifie pas qu'ils ont renoncé au but qu'ils veulent atteindre à savoir faire changer la position de l'Union africaine sur le dossier du Sahara occidental pour en obtenir le retrait d'en son sein de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). N'ayant pu l'atteindre en pratiquant la politique de la chaise vide, ils pensent y parvenir en agissant à l'intérieur de l'organisation. Ce qu'ils comptent entreprendre aussitôt le Maroc admis dans celle-ci en faisant jouer le droit de chaque Etat membre à soumettre au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des projets de rectification ou changement à la charte de fondation de l'organisation. 



Ce que le roi et sa diplomatie pensent être à leur portée, convaincus que le royaume est à ce niveau assuré de disposer du nombre de voix amies requis. Sauf que pour aussi bien disposées qu'elles pourraient l'être à l'égard du Maroc, certaines de ces voix lui feront à coup sûr défaut car n'osant franchir le pas consistant en la remise en cause du principe sacro-saint pour l'Afrique de l'intangibilité des frontières héritées de l'ère coloniale car ouvrant pour leurs pays la boîte de Pandore de la contestation de leurs propres frontières. 



Le retour du Maroc au sein de l'Union africaine aurait pu constituer un plus consolidant l'unité continentale, si ce pays l'avait envisagé comme une opportunité s'offrant à lui de mettre un terme au conflit du Sahara occidental par la voie de la négociation et dans le respect de la volonté du peuple sahraoui s'exprimant à travers un référendum d'autodétermination. Au lieu de cela, ce retour risque de provoquer l'implosion de l'organisation africaine.