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RASD/MAROC/ONU

Le Polisario prêt à entamer des négociations "substantielles" avec le Maroc (officiel)

New York, 27/10/2007 (SPS) Le Front Polisario est disposé à entamer des négociations "substantielles" avec le Royaume du Maroc au cours des prochains pourparlers entre les deux parties que l'ONU se propose d'organiser dans la deuxième semaine de novembre à Manhasset (New York), a déclaré le représentant du Polisario auprès de l'ONU, Boukhari Ahmed, dans un entretien exclusif à SPS. 

Nous reproduisons ci-après l'intégralité de cette interview réalisée samedi à New York: 

Question: le Conseil de sécurité a entamé vendredi son débat sur le récent rapport du Secrétaire général de l'ONU relatif à la situation au Sahara Occidental. Qu'attendez-vous de sa prochaine résolution? 

Boukahri Ahmed: Le sens et le contenu du débat qui a eu lieu au Conseil de sécurité ont confirmé et renforcé le bien fondé de l'approche et des recommandations du SG de l'ONU dans son rapport sur les voies et moyens d'assurer la continuité du processus de négociation entamées par les deux parties en juin dernier. Cette approche est basée sur la résolution 1754 du Conseil de sécurité qui tient compte de l'existence de deux propositions, sahraouie et marocaine, et qui détermine que l'objectif des négociations doit aboutir à l'exercice par le peuple sahraoui de son droit à l'autodétermination. Les éléments du projet de résolution reflètent cette situation et nous attendons son adoption mardi prochain. 

J'espère que son adoption mettra fin aux atermoiements marocains concernant la date et le lieu de la reprises des prochaines négociations. Nous sommes donc satisfaits du fait que le Secrétaire général et le Conseil de sécurité ont maintenu le cap défini par la résolution 1754 (Conseil de sécurité) et ce malgré une tentative désespéré de la délégation marocaine et l'implication à ses côtés d'un membre permanent du Conseil de sécurité. 

Question: le SG de l'ONU a demandé aux deux parties d'engager des négociations "substantielles". Pourquoi ce terme de substantiel? 

B.A: Je voudrai tout d'abord clarifier que la situation antérieure à l'adoption de la résolution 1754 du Conseil de sécurité. L'obstruction du Maroc à l'application du Plan de règlement et des Accords de Houston et son rejet du Plan Baker en 2004 ont été à l'origine de l'impasse du processus de paix. Le Maroc a voulu remplir le vide en présentant une proposition dénommée "proposition d'autonomie", qui suppose déjà que le Sahara Occidental est une partie intégrante du Maroc, qui en réalité n'est autre qu'une puissance occupante du territoire. Le point de départ donc de la proposition marocaine est inacceptable pour le Front Polisario tout comme pour la communauté internationale. C'est pour cela que le Conseil de sécurité n'a pas voulu l'endosser et a pris note de la proposition du Front Polisario que nous considérons comme la réponse adéquate pour surpasser l'impasse. Elle est basée sur la nécessité d'aller vers un référendum d'autodétermination qui a toujours été la solution préconisée par les Nations unies, et à laquelle le Maroc avait souscrit à New York et à Houston. Il s'agit de permettre au peuple sahraoui de décider librement de son futur en lui octroyant la possibilité de choisir entre l'indépendance du territoire, son rattachement au Maroc ou une autonomie dans le cadre du Maroc. Nous avons donc inclu la proposition marocaine de l'autonomie au lieu de l'exclure et c'est là une preuve de flexibilité et réalisme. En plus de notre attachement à la légalité internationale, nous avons introduit un élément nouveau dans la dynamique du processus de paix et qui reflète notre vision du futur.

Cet élément est notre invitation formlée à Rabat d'engager des négociations sur les relations futures entre le Royaume du Maroc et l'Etat sahraoui indépendant que nous voulons stratégiques. Nous considérons donc, comme d'ailleurs plusieurs membres du Conseil de sécurité, que cette proposition est la meilleure voie légale, politique et réaliste pour avancer. Les deux rounds qui ont eu lieu à Manhasset (juin et août 2007) n'ont véritablement pas débouché sur un processus de négociations, parce que le Maroc est resté figé, renfermé sur lui même sans voir sur la table que sa proposition qui exclue toute autre option, aussi légitime soit-elle. En plus de certains éléments de provocation dans la composition de sa délégation aux deux précédentes négociations, son discours reflète toujours une volonté d'imposer au lieu de négocier tout ce qui, conformément à la résolution 1754, est sur la table de négociation.

En effet le Secrétaire général, dans son rapport, a appelé à des négociations "substantielles". La substance est là. Elle est un tout composé par la présence de deux propositions de solutions, qui de l'avis du SG, doivent être discutées sans exclusion.

Et comme je viens de le dire, nous n'avons pas exclu la proposition marocaine. Or, le SG, le Conseil de sécurité, l'Assemblée générale de l'ONU et nous, ne considérons pas que c'est la seule option à négocier. Il y a l'option de l'indépendance. Donc les négociations substantielles requièrent l'acceptation de cette approche par les deux parties et ensuite la négociation de tous les éléments de chacune des propositions. Nous coïncidons donc avec le SG et nous partirons avec cet esprit et avec cette vision au 3ème round des négociations dont la date et le lieu déjà proposés par l'Envoyé personnel du SG de l'ONU, n'ont pas encore été acceptés par le Maroc. 

Question: d'après le SG de l'ONU, les négociations doivent être accompagnées de mesures de confiances entre les deux parties. En avez-vous discuter lors des derniers pourparlers? 

B.A: Les mesures de confiance peuvent aider à la création d'une ambiance positive pour les négociations. Pour nous la première mesure qu'il faut prendre réside dans le respect des droits humains dans les territoires occupés du Sahara Occidental, où ils sont violés de manière systématique et brutale par les forces marocaines. Le Secrétaire général de l'ONU a dressé un tableau sombre, qui relève la responsabilité du Maroc dans ces violations, relevé auparavant en 2006, de manière approfondie, dans le rapport du Haut commissariat de l'ONU pour les droits de l'Homme.

Les violations des droits humains sont la conséquence directe de la violation singulière du droit à l'autodétermination. On ne peut pas négocier dans la sérénité requise au moment où nos concitoyens sont torturés, emprisonnés et empêchés d'exprimer pacifiquement leurs idées politiques. Nous espérons des décisions concrètes de la part des autorités marocaines pour que la confiance règne sur ce dossier.

L'Envoyé personnel avait proposé à Manhasset II des mesures de confiance hautement intéressantes dans les domaines militaire, politique et humain, notamment la question des mines qui ont fait tant de victimes civiles et dans le cheptel. Nous avons accepté la proposition, mais le Gouvernement marocain l'a rejetée. Le SG et son Envoyé personnel n'ont pas abandonné l'idée dans la perspective du troisième round de négociations entre les deux parties. 

Questions: Tout ce processus est lié au positionnement de certaines puissances présentes dans la région. Comment évaluez-vous la position américaine tout d'abord? 

B.A: jusqu'à la démission de M. James Baker de son poste d'Envoyé personnel du SG pour le Sahara Occidental (juin 2004), la position américaine est plus ou moins équilibrée, voir même positive et essentiellement libérée de la pesanteur de la guerre froide. Il nous ont signalé, à plusieurs reprises, qu'il n'ont rien contre un Etat sahraoui indépendant issue d'un référendum d'autodétermination, comme ça été le cas au Timor oriental et en Namibie.

Les premiers contingents de la Minurso étaient composés essentiellement d'éléments des membres permanents du Conseil de sécurité y compris des éléments des forces armées américaines.

Le vide laissé par M. Baker et l'implication américaine dans d'autre conflits majeurs ont offert au Maroc l'opportunité de mobiliser certaines personnalités hautement placées dans l'Administration américaine pour détruire la crédibilité de l'ONU au Sahara Occidental et le labeur de M. James Baker, compromettant ainsi dans cet élan, la paix et la stabilité dans la région maghrébine. Ce sont apparemment ces mêmes personnalités qui se sont précipitées pour qualifier la proposition marocaine d'autonomie de "crédible et sérieuse".

Toutefois, nous gardons l'espoir que la vision américaine concernant le conflit du Sahara Occidental et l'avenir du Maghreb, intimement liés, ne restent pas prisonnières, en quelque sorte, de l'approche illégale, égoïste et unilatérale du Maroc.

Question: Et la France? Y a-t-il des développements avec le nouveau locataire de l'Elysée? 

B.A: Concernant la France, toute la période du mandat de M. Jacques Chirac, le Maroc a trouvé en ce dernier un allié inconditionnel dans sa cécité contre la liberté et l'indépendance de notre peuple. Nous avons pensé que le président Nicolas Sarkozy inaugurera une nouvelle ère dans la vision française du dossier du Sahara Occidental. Nous avons attendu et attendons toujours une position plus proche de la légalité internationale et un rééquilibrage de cette vision de sorte que son centre de gravité soit libéré de l'approche kafkaïenne chiraquienne. 

A l'heure actuelle les propos du Président Sarkozy à Rabat et l'activisme de la mission diplomatique française à New York aux côtés de la délégation marocaine nous ont déçus et surtout en l'absence d'une clarification de l'Elysée, qui sera la bienvenue et à laquelle nous sommes toujours attentifs, sachant que nous avons un grand respect pour le pays, considéré comme la Mecque des droits de l'Homme, et auquel nous avons un grand estime à son peuple.

Il n'est pas difficile de conclure que toute politique maghrébine qui ignore la légalité internationale au Sahara Occidental et qui considère la vision marocaine comme étant déterminante dans l'élaboration de ladite politique maghrébine, ne peut pas aller très loin. Elle a forcément ses limités.

 

Question: pouvez-vous être plus précis? 

B.A: pour faire recours à mes connaissances limités de la langue de Molière, je dirai qu'"on ne peut pas avoir et le beurre et l'argent du beurre". Nous sommes prêts à contribuer à la paix et la construction maghrébine et prêt à honorer notre quota. Le Maroc nous a habitué à une certaine image de la France, qui, à notre humble avis, ne sert pas les intérêts suprêmes à long terme de Paris.

Je pense que les derniers développements découlant de la résolution 1754 du Conseil de sécurité, une approche plus actualisée sur la sensibilité de ses relations avec l'ensemble maghrébin et l'importance de l'attachement à la légalité internationale, pourraient faciliter un réexamen du legs chiraquien, afin que Paris puisse jouer le rôle qui doit être le sien dans une région liée historiquement à la France et où le Sahara Occidental constitue une composante incontournable.

Les deux éléments de notre proposition de solution du conflit: référendum et relations privilégiées avec le Maroc, offrent un terrain d'entente pour les deux parties au conflit, l'ensemble de la région, ainsi que pour l'Afrique, l'ONU et les puissances intéressées, qui doit être soutenu dans la recherche d'une solution politique juste et durable d'un conflit de décolonisation, celui du Sahara Occidental. Il s'agit là d'une opportunité historique et un défi qui peut être relevé par le président Sarkozy. (SPS) 

010/ALG/000 272131 OCT 07 SPS

 

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