Alger, 19/12/2006 (SPS) Le président de l'Association des
juristes sahraouis (AJS), Abba Salek El Haissan, a dénoncé, lundi,
les violations des droits de l'homme et la répression marocaine dans
les territoires occupés du Sahara Occidental, où il a pu s'y rendre
grâce à un programme humanitaire de l'Onu.
"La situation dans les territoires occupés est
très dangereuse, en raison de la répression horrible marocaine
contre les Sahraouis désarmés", a résumé M. Abba lors d'une
conférence de presse au siège du Comité national algérien de
solidarité avec le peuple sahraoui (CNASPS), à Alger.
"J'ai passé cinq jours à El Aaiun occupée et j'ai
été impressionné par le dispositif sécuritaire répressif mis en
place par le Maroc", a-t-il témoigné.
M. Abba a séjourné du 15 au 19 novembre dernier
dans la capitale occupée du Sahara occidental, dans le cadre du
programme d'échange de visites familiales entre les territoires
occupés et les camps de réfugiés sahraouis mis au point par le Haut
commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR).
Partout dans les rues, a-t-il dit, "on voit des
gendarmes et des policiers, en plus des forces d'intervention
rapide, de sécurité urbaine et des forces auxiliaires. Tous les
quartiers à forte densité où habitent des Sahraouis sont
complètement encerclés par les forces coloniales marocaines, de
façon ostentatoire et délibérée, pour réprimer toute velléité
d'expression libre".
Il a souligné que "l'étau sécuritaire dans la
capitale sahraouie est tel que je me demande comment font les jeunes
sahraouis pour manifester, brandir les drapeaux de la RASD
(République arabe sahraouie démocratique) et réclamer
l'indépendance. Je suis vraiment admiratif devant leur courage et je
suis sûr qu'ils poursuivront leur combat pacifique pour
l'autodétermination".
Des manifestations se déroulent de façon continue
depuis le 21 mai 2005 dans les territoires sahraouis occupés, menés
par des jeunes sahraouis réclamant l'exercice du droit à
l'autodétermination.
La répression marocaine de ces manifestations a
fait, depuis cette date, deux morts et des centaines de blessés, en
plus des dizaines d'activistes sahraouis arrêtés et condamnés par
des tribunaux marocaines à de lourdes peines de prison. Pour le
juriste sahraoui, "le plus désolant est que cette répression se
déroule sous les yeux des casques bleus de la Minurso (Mission des
Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara
occidental), qui restent passifs, ne condamnant la répression
marocaine ni ne protégeant les civils sahraouis désarmés".
Depuis l'invasion marocaine du Sahara Occidental,
en 1975, "nous avons recensé 4.500 Sahraouis enlevés puis détenus
secrètement dans des cachots sordides, dont 322 pendant 16 ans",
a-t-il indiqué.
"Nous avons également comptabilisé durant cette
période 20.000 cas d'arrestations arbitraires et 250 assassinats
politiques contre des militants sahraouis", a-t-il ajouté. Les
autorités marocaines "prétendent qu'elles développent les
territoires occupés alors que seules les infrastructures
sécuritaires et répressives sont en bon état à El Aaiun", a-t-il
poursuivi.
"Les colons marocains tiennent tous les cafés et
commerces dans la capitale sahraouie occupée, alors que les
Sahraouis autochtones sont en majorité sans emplois, ou obligés
d'émigrer" pour gagner leurs vies, a affirmé le président de l'AJS.
Il a ajouté que "parallèlement à cette répression,
les autorités coloniales marocaines organisent, financent et
encadrent les réseaux d'émigration clandestine vers les îles
Canaries", distantes de 100 km des côtes sahraouies.
"Comment, dans un territoire totalement encerclé
par 160.000 soldats et des milliers de gendarmes et de policiers,
des réseaux peuvent-ils opérer s'il n'y avait pas complicité, voire
encouragement, pour pousser les jeunes sahraouis à quitter leur
pays?", s'est-il interrogé. (SPS)
010/090/700 191120 DEC 06 SPS |